Acte II
Scène VII
Le Barbier de Séville, Beaumarchais (1775)·Texte intégral, scène 11 sur 40·Livre complet →
LES ACTEURS PRÉCÉDENTS ; (LA JEUNESSE arrive en vieillard avec une canne en béquille ; il éternue plusieurs fois).
L’ÉVEILLÉ, toujours bâillant.
La Jeunesse ?
BARTHOLO.
Tu éternueras dimanche.
LA JEUNESSE.
Voilà plus de cinquante… cinquante fois… dans un moment. (Il éternue.) Je suis brisé.
BARTHOLO.
Comment ! je vous demande à tous deux s’il est entré quelqu’un chez Rosine, et vous ne me dites pas que ce barbier…
L’ÉVEILLÉ, continuant de bâiller.
Est-ce que c’est quelqu’un donc, monsieur Figaro ? Aah, ah…
BARTHOLO.
Je parie que le rusé s’entend avec lui.
L’ÉVEILLÉ, pleurant comme un sot.
Moi… je m’entends !…
LA JEUNESSE, éternuant.
Eh mais, monsieur, y a-t-il… y a-t-il de la justice ?
BARTHOLO.
De la justice ! C’est bon entre vous autres, misérables, la justice ! Je suis votre maître, moi, pour avoir toujours raison.
LA JEUNESSE, éternuant.
Mais pardi, quand une chose est vraie !…
BARTHOLO.
Quand une chose est vraie ! Si je ne veux pas qu’elle soit vraie, je prétends bien qu’elle ne soit pas vraie. Il n’y aurait qu’à permettre à tous ces faquins-là d’avoir raison, vous verriez bientôt ce que deviendrait l’autorité.
LA JEUNESSE, éternuant.
J’aime autant recevoir mon congé. Un service terrible, et toujours un train d’enfer !
L’ÉVEILLÉ, pleurant.
Un pauvre homme de bien est traité comme un misérable.
BARTHOLO.
Sors donc, pauvre homme de bien, (Il les contrefait.) Et t’chi et t’cha ; l’un m’éternue au nez, l’autre m’y bâille.
LA JEUNESSE.
Ah ! monsieur, je vous jure que sans Mademoiselle, il n’y aurait… il n’y aurait pas moyen de rester dans la maison. (Il sort en éternuant.)
BARTHOLO.
Dans quel état ce Figaro les a mis tous ! Je vois ce que c’est : le maraud voudrait me payer mes cent écus sans bourse délier…