Acte III
Scène XI
Le Barbier de Séville, Beaumarchais (1775)·Texte intégral, scène 30 sur 40·Livre complet →
LES ACTEURS PRÉCÉDENTS, DON BAZILE.
ROSINE, effrayée. (À part.)
Don Bazile !…
LE COMTE, à part.
Juste ciel !
FIGARO, à part.
C’est le diable !
BARTHOLO va au devant de lui.
Ah ! Bazile, mon ami, soyez le bien rétabli. Votre accident n’a donc point eu de suites ? En vérité, le Seigneur Alonzo m’avait fort effrayé sur votre état ; demandez-lui, je partais pour vous aller voir, et s’il ne m’avait point retenu…
BAZILE, étonné.
Le Seigneur Alonzo ?
FIGARO frappe du pied.
Eh quoi ! toujours des accrocs ? Deux heures pour une méchante barbe… Chienne de pratique !
BAZILE, regardant tout le monde.
Me ferez-vous bien le plaisir de me dire, messieurs ?…
FIGARO.
Vous lui parlerez quand je serai parti.
BAZILE.
Mais encore faudrait-il…
LE COMTE.
Il faudrait vous taire, Bazile. Croyez-vous apprendre à monsieur quelque chose qu’il ignore ? Je lui ai raconté que vous m’aviez chargé de venir donner une leçon de musique à votre place.
BAZILE, plus étonné.
La leçon de musique !… Alonzo !…
ROSINE, à part, à Bazile.
Eh ! taisez-vous.
BAZILE.
Elle aussi !
LE COMTE, bas, à Bartholo.
Dites-lui donc tout bas que nous en sommes convenus.
BARTHOLO, à part, à Bazile.
N’allez pas nous démentir, Bazile, en disant qu’il n’est pas votre élève, vous gâteriez tout.
BAZILE.
Ah ! ah !
BARTHOLO, haut.
En vérité, Bazile, on n’a pas plus de talent que votre élève.
BAZILE, stupéfait.
Que mon élève !… (bas.) Je venais pour vous dire que le Comte est déménagé.
BARTHOLO, bas.
Je le sais, taisez-vous.
BAZILE, bas.
Qui vous l’a dit ?
BARTHOLO, bas.
Lui, apparemment !
LE COMTE, bas.
Moi, sans doute : écoutez seulement.
ROSINE, bas, à Bazile.
Est-il si difficile de vous taire ?
FIGARO, bas, à Bazile.
Hum ! Grand escogriffe ! Il est sourd !
BAZILE, à part.
Qui diable est-ce donc qu’on trompe ici ? Tout le monde est dans le secret !
BARTHOLO, haut.
Eh bien, Bazile, votre homme de loi ?…
FIGARO.
Vous avez toute la soirée pour parler de l’homme de loi.
BARTHOLO, à Bazile.
Un mot ; dites-moi seulement si vous êtes content de l’homme de loi ?
BAZILE, effaré.
De l’homme de loi ?
LE COMTE, souriant.
Vous ne l’avez pas vu, l’homme de loi ?
BAZILE, impatienté.
Eh ! non, je ne l’ai pas vu, l’homme de loi.
LE COMTE, à Bartholo, à part.
Voulez-vous donc qu’il s’explique ici devant elle ? Renvoyez-le.
BARTHOLO, bas, au Comte.
Vous avez raison. (À Bazile.) Mais quel mal vous a donc pris si subitement ?
BAZILE, en colère.
Je ne vous entends pas.
LE COMTE lui met à part une bourse dans la main.
Oui : Monsieur vous demande ce que vous venez faire ici, dans l’état d’indisposition où vous êtes ?
FIGARO.
Il est pâle comme un mort !
BAZILE.
Ah ! je comprends…
LE COMTE.
Allez-vous coucher, mon cher Bazile ; vous n’êtes pas bien, et vous nous faites mourir de frayeur. Allez-vous coucher.
FIGARO.
Il a la physionomie toute renversée. Allez-vous coucher.
BARTHOLO.
D’honneur, il sent la fièvre d’une lieue. Allez-vous coucher.
ROSINE.
Pourquoi donc êtes-vous sorti ? On dit que cela se gagne. Allez-vous coucher.
BAZILE, au dernier étonnement.
Que j’aille me coucher ?
TOUS LES ACTEURS ENSEMBLE.
Eh ! sans doute.
BAZILE, les regardant tous.
En effet, messieurs, je crois que je ne ferai pas mal de me retirer ; je sens que je ne suis pas ici dans mon assiette ordinaire.
BARTHOLO.
À demain, toujours, si vous êtes mieux.
LE COMTE.
Bazile, je serai chez vous de très-bonne heure.
FIGARO.
Croyez-moi, tenez-vous bien chaudement dans votre lit.
ROSINE.
Bonsoir, monsieur Bazile.
BAZILE, à part.
Diable emporte si j’y comprends rien ; et sans cette bourse…
TOUS.
Bonsoir, Bazile, bonsoir.
BAZILE, en s’en allant.
Eh bien ! bonsoir donc, bonsoir. (Ils l’accompagnent tous en riant.)