XVI
Mémoires d'un fou, Gustave Flaubert (1838)·Texte intégral, partie 16 sur 24·Livre complet →
Cette page est courte, je voudrais qu’elle le fût davantage. Voici le fait.
La vanité me poussa à l’amour, non, à la volupté ; pas même à cela, à la chair.
On me raillait de ma chasteté, j’en rougissais, elle me faisait honte, elle me pesait comme si elle eût été de la corruption.
Une femme se présenta à moi, je la pris ; et je sortis de ses bras plein de dégoût et d’amertume. Mais, alors, je pouvais faire le Lovelace d’estaminet, dire autant d’obscénités qu’un autre autour d’un bol de punch ; j’étais un homme alors, j’avais été comme un devoir faire du vice, et puis je m’en étais vanté. J’avais quinze ans, je parlais de femmes et de maîtresses.
Cette femme-là, je la pris en haine ; elle venait à moi, je la laissais ; elle faisait des frais de sourire qui me dégoûtaient comme une grimace hideuse.
J’eus des remords, comme si l’amour de Maria eût été une religion que j’eusse profanée.