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Contes de la bécasse — en 20 minutes

Contes de la bécasse — en 20 minutes
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Contes de la bécasse (1883) est un recueil de nouvelles réunies par un prétexte commun : chez le vieux baron des Ravots, à chaque dîner de chasse, celui que le sort désigne pour hériter des têtes de bécasse doit conter une histoire. Un recueil ne se résume pas en vingt minutes — cette version en propose cinq, verbatim, pour donner un aperçu de leur éventail, du vaudeville à la tragédie paysanne, de la guerre de 1870 à l’amour sans espoir.

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Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le « conte de la Bécasse ».
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Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner.
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Comme il adorait l’incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes les têtes.
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Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert de bec. Une chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l’anxiété de l’attente.
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Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l’épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet.
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Tous les convives comptaient ensemble, d’une voix forte :
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– Une, – deux, – trois.
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Et le baron, d’un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.
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Celui des invités que désignait, en s’arrêtant, le long bec pointu devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher ses voisins.
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Il les prenait une à une et les faisait griller sur la chandelle. La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et l’élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir.
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Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé.
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Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.
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Voici quelques-uns de ces récits :
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Le premier conteur ouvre le bal avec « Ce cochon de Morin », l’histoire d’un mercier de province qu’un baiser volé, un soir de train de nuit, a manqué de conduire au tribunal.
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Morin se trouvait dans cet état, quand il prit son billet pour La Rochelle par l’express de 8 h 40 du soir. Et il se promenait plein de regrets et de trouble dans la grande salle commune du chemin de fer d’Orléans, quand il s’arrêta net devant une jeune femme qui embrassait une vieille dame. Elle avait relevé sa voilette, et Morin, ravi, murmura : « Bigre, la belle personne ! »
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Quand elle eut fait ses adieux à la vieille, elle entra dans la salle d’attente, et Morin la suivit ; puis elle passa sur le quai, et Morin la suivit encore ; puis elle monta dans un wagon vide, et Morin la suivit toujours.
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Il y avait peu de voyageurs pour l’express. La locomotive siffla ; le train partit. Ils étaient seuls.
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Morin la dévorait des yeux. Elle semblait avoir dix-neuf à vingt ans ; elle était blonde, grande, d’allure hardie. Elle roula autour de ses jambes une couverture de voyage, et s’étendit sur les banquettes pour dormir.
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Morin se demandait : « Qui est-ce ? » Et mille suppositions, mille projets lui traversaient l’esprit. Il se disait : « On raconte tant d’aventures de chemin de fer. C’en est une peut-être qui se présente pour moi. Qui sait ? une bonne fortune est si vite arrivée. Il me suffirait peut-être d’être audacieux. N’est-ce pas Danton qui disait : « De l’audace, de l’audace, et toujours de l’audace. » Si ce n’est pas Danton, c’est Mirabeau. Enfin, qu’importe. Oui, mais je manque d’audace, voilà le hic. Oh ! Si on savait, si on pouvait lire dans les âmes ! Je parie qu’on passe tous les jours, sans s’en douter, à côté d’occasions magnifiques. Il lui suffirait d’un geste pourtant pour m’indiquer qu’elle ne demande pas mieux... »
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Alors, il supposa des combinaisons qui le conduisaient au triomphe. Il imaginait une entrée en rapport chevaleresque, des petits services qu’il lui rendait, une conversation vive, galante, finissant par une déclaration qui finissait par... par ce que tu penses.
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Mais ce qui lui manquait toujours, c’était le début, le prétexte. Et il attendait une circonstance heureuse, le cœur ravagé, l’esprit sens dessus dessous.
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La nuit cependant s’écoulait et la belle enfant dormait toujours, tandis que Morin méditait sa chute. Le jour parut, et bientôt le soleil lança son premier rayon, un long rayon clair venu du bout de l’horizon, sur le doux visage de la dormeuse.
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Elle s’éveilla, s’assit, regarda la campagne, regarda Morin et sourit. Elle sourit en femme heureuse, d’un air engageant et gai. Morin tressaillit. Pas de doute, c’était pour lui ce sourire-là, c’était bien une invitation discrète, le signal rêvé qu’il attendait. Il voulait dire, ce sourire : « Êtes-vous bête, êtes-vous niais, êtes-vous jobard, d’être resté là, comme un pieu, sur votre siège depuis hier soir.
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« Voyons, regardez-moi ; ne suis-je pas charmante ? Et vous demeurez comme ça toute une nuit en tête-à-tête avec une jolie femme sans rien oser, grand sot. »
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Elle souriait toujours en le regardant ; elle commençait même à rire ; et il perdait la tête, cherchant un mot de circonstance, un compliment, quelque chose à dire enfin, n’importe quoi. Mais il ne trouvait rien, rien. Alors, saisi d’une audace de poltron, il pensa : « Tant pis, je risque tout » ; et brusquement, sans crier « gare », il s’avança, les mains tendues, les lèvres gourmandes, et, la saisissant à pleins bras, il l’embrassa.
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D’un bond elle fut debout, criant : « Au secours », hurlant d’épouvante. Et elle ouvrit la portière ; elle agita ses bras dehors, folle de peur, essayant de sauter, tandis que Morin éperdu, persuadé qu’elle allait se précipiter sur la voie, la retenait par sa jupe en bégayant : « Madame... oh !... madame. »
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Le train ralentit sa marche, s’arrêta. Deux employés se précipitèrent aux signaux désespérés de la jeune femme qui tomba dans leurs bras en balbutiant : « Cet homme a voulu... a voulu... me... me... » Et elle s’évanouit.
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On était en gare de Mauzé. Le gendarme présent arrêta Morin.
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Quand la victime de sa brutalité eut repris connaissance, elle fit sa déclaration. L’autorité verbalisa. Et le pauvre mercier ne put regagner son domicile que le soir, sous le coup d’une poursuite judiciaire pour outrage aux bonnes mœurs dans un lieu public.
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Changement complet de registre : dans « La rempailleuse », le vieux médecin du village raconte, au dessert d’un dîner de chasse, le plus long amour silencieux qu’il ait connu — celui d’une gueuse pour un petit bourgeois.
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Toute petite, elle errait, haillonneuse, vermineuse, sordide. On s’arrêtait à l’entrée des villages, le long des fossés ; on dételait la voiture ; le cheval broutait ; le chien dormait, le museau sur ses pattes ; et la petite se roulait dans l’herbe pendant que le père et la mère rafistolaient, à l’ombre des ormes du chemin, tous les vieux sièges de la commune. On ne parlait guère, dans cette demeure ambulante. Après les quelques mots nécessaires pour décider qui ferait le tour des maisons en poussant le cri bien connu : « Remmmpailleur de chaises ! » on se mettait à tortiller la paille, face à face ou côte à côte. Quand l’enfant allait trop loin ou tentait d’entrer en relation avec quelque galopin du village, la voix colère du père la rappelait : « Veux-tu bien revenir ici, crapule ! » C’étaient les seuls mots de tendresse qu’elle entendait.
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Quand elle devint plus grande, on l’envoya faire la récolte des fonds de sièges avariés. Alors elle ébaucha quelques connaissances de place en place avec les gamins ; mais c’étaient alors les parents de ses nouveaux amis qui rappelaient brutalement leurs enfants : « Veux-tu bien venir ici, polisson ! Que je te voie causer avec les vanu-pieds !... »
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Souvent les petits gars lui jetaient des pierres.
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Des dames lui ayant donné quelques sous, elle les garda soigneusement.
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Un jour – elle avait alors onze ans – comme elle passait par ce pays, elle rencontra derrière le cimetière le petit Chouquet qui pleurait parce qu’un camarade lui avait volé deux liards. Ces larmes d’un petit bourgeois, d’un de ces petits qu’elle s’imaginait, dans sa frêle caboche de déshéritée, être toujours contents et joyeux, la bouleversèrent. Elle s’approcha, et, quand elle connut la raison de sa peine, elle versa entre ses mains toutes ses économies, sept sous, qu’il prit naturellement, en essuyant ses larmes. Alors, folle de joie, elle eut l’audace de l’embrasser. Comme il considérait attentivement sa monnaie, il se laissa faire. Ne se voyant ni repoussée, ni battue, elle recommença ; elle l’embrassa à pleins bras, à plein cœur. Puis elle se sauva.
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Que se passa-t-il dans cette misérable tête ? S’est-elle attachée à ce mioche parce qu’elle lui avait sacrifié sa fortune de vagabonde, ou parce qu’elle lui avait donné son premier baiser tendre ? Le mystère est le même pour les petits que pour les grands.
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Pendant des mois, elle rêva de ce coin de cimetière et de ce gamin. Dans l’espérance de le revoir, elle vola ses parents, grappillant un sou par-ci, un sou par-là, sur un rempaillage, ou sur les provisions qu’elle allait acheter.
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Quand elle revint, elle avait deux francs dans sa poche, mais elle ne put qu’apercevoir le petit pharmacien, bien propre, derrière les carreaux de la boutique paternelle, entre un bocal rouge et un ténia.
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Elle ne l’en aima que davantage, séduite, émue, extasiée par cette gloire de l’eau colorée, cette apothéose des cristaux luisants.
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Elle garda en elle son souvenir ineffaçable, et, quand elle le rencontra, l’an suivant, derrière l’école, jouant aux billes avec ses camarades, elle se jeta sur lui, le saisit dans ses bras, et le baisa avec tant de violence qu’il se mit à hurler de peur. Alors, pour l’apaiser, elle lui donna son argent : trois francs vingt, un vrai trésor, qu’il regardait avec des yeux agrandis.
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Il le prit et se laissa caresser tant qu’elle voulut.
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Les années passent. Il part au collège, grandit, s’installe comme pharmacien ; elle continue seule son métier de rempailleuse ambulante, revenant chaque année déposer ses économies entre ses mains, jusqu’au jour où elle le voit au bras d’une jeune femme.
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Un jour, en rentrant dans ce village où son cœur était resté, elle aperçut une jeune femme qui sortait de la boutique Chouquet au bras de son bien-aimé. C’était sa femme. Il était marié.
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Le soir même, elle se jeta dans la mare qui est sur la place de la Mairie. Un ivrogne attardé la repêcha, et la porta à la pharmacie. Le fils Chouquet descendit en robe de chambre, pour la soigner, et, sans paraître la reconnaître, la déshabilla, la frictionna, puis il lui dit d’une voix dure : « Mais vous êtes folle ! Il ne faut pas être bête comme ça ! »
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Cela suffit pour la guérir. Il lui avait parlé ! Elle était heureuse pour longtemps.
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Elle mourra bien des années plus tard, léguant toutes ses économies à celui qu’elle a aimé toute sa vie sans retour — don que les Chouquet, indignés d’avoir été aimés par une vagabonde, finiront tout de même par accepter.
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« Voilà le seul amour profond que j’aie rencontré, dans ma vie. »
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Le médecin se tut.
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Alors la marquise, qui avait des larmes dans les yeux, soupira : « Décidément, il n’y a que les femmes pour savoir aimer ! »
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Tout autre veine dans « Aux champs » : Maupassant y observe, sans indulgence, deux familles de paysans normands confrontées à la même proposition — adopter leur enfant contre rente — et ce qu’il advient, vingt ans plus tard, de celle qui a refusé.
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Alors la jeune femme, d’une voix entrecoupée, tremblante, commença :
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– Mes braves gens, je viens vous trouver parce que je voudrais bien... je voudrais bien emmener avec moi votre... votre petit garçon...
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Les campagnards, stupéfaits et sans idée, ne répondirent pas.
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Elle reprit haleine et continua.
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– Nous n’avons pas d’enfants ; nous sommes seuls, mon mari et moi... Nous le garderions... voulez-vous ?
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La paysanne commençait à comprendre. Elle demanda :
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– Vous voulez nous prend’e Charlot ? Ah ben non, pour sûr.
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Alors M. d’Hubières intervint :
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– Ma femme s’est mal expliquée. Nous voulons l’adopter, mais il reviendra vous voir. S’il tourne bien, comme tout porte à le croire, il sera notre héritier. Si nous avions, par hasard, des enfants, il partagerait également avec eux. Mais s’il ne répondait pas à nos soins, nous lui donnerions, à sa majorité, une somme de vingt mille francs, qui sera immédiatement déposée en son nom chez un notaire. Et, comme on a aussi pensé à vous, on vous servira jusqu’à votre mort une rente de cent francs par mois. Avez-vous bien compris ?
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La fermière s’était levée, toute furieuse.
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– Vous voulez que j’ vous vendions Charlot ? Ah ! mais non ; c’est pas des choses qu’on d’mande à une mère, ça ! Ah ! mais non ! Ce s’rait une abomination.
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L’homme ne disait rien, grave et réfléchi ; mais il approuvait sa femme d’un mouvement continu de la tête.
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Mme d’Hubières, éperdue, se mit à pleurer, et, se tournant vers son mari, avec une voix pleine de sanglots, une voix d’enfant dont tous les désirs ordinaires sont satisfaits, elle balbutia :
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– Ils ne veulent pas, Henri, ils ne veulent pas !
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Alors ils firent une dernière tentative.
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– Mais, mes amis, songez à l’avenir de votre enfant, à son bonheur, à...
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La paysanne, exaspérée, lui coupa la parole :
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– C’est tout vu, c’est tout entendu, c’est tout réfléchi... Allez-vous-en, et pi, que j’ vous revoie point par ici. C’est-i permis d’ vouloir prendre un éfant comme ça !
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Chez les Vallin, voisins moins fiers, la même offre est reprise.
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Les deux ruraux hochaient la tête en signe de refus ; mais quand ils apprirent qu’ils auraient cent francs par mois, ils se considérèrent, se consultant de l’œil, très ébranlés.
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Ils gardèrent longtemps le silence, torturés, hésitants. La femme enfin demanda :
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– Qué qu’ t’en dis, l’homme ?
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Il prononça d’un ton sentencieux :
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– J’ dis qu’ c’est point méprisable.
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Alors Mme d’Hubières, qui tremblait d’angoisse, leur parla de l’avenir du petit, de son bonheur, et de tout l’argent qu’il pourrait leur donner plus tard.
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Le paysan demanda :
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– C’te rente de douze cents francs, ce s’ra promis d’vant l’ notaire ?
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M. d’Hubières répondit :
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– Mais certainement, dès demain.
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La fermière, qui méditait, reprit :
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– Cent francs par mois, c’est point suffisant pour nous priver du p’tit ; ça travaillera dans quéqu’ z’ans c’t’ éfant ; i nous faut cent vingt francs.
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Mme d’Hubières, trépignant d’impatience, les accorda tout de suite ; et, comme elle voulait enlever l’enfant, elle donna cent francs en cadeau pendant que son mari faisait un écrit. Le maire et un voisin, appelés aussitôt, servirent de témoins complaisants.
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Et la jeune femme, radieuse, emporta le marmot hurlant, comme on emporte un bibelot désiré d’un magasin.
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Vingt ans plus tard, le fils qu’ils ont cédé revient au pays, riche et bien mis — sous les yeux de Charlot, resté peiner chez ses parents qui, eux, n’ont « pas vendu ».
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Charlot, debout sur le seuil de sa chaumière, le regardait passer.
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Le soir, au souper, il dit aux vieux :
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– Faut-il qu’ vous ayez été sots pour laisser prendre le p’tit aux Vallin !
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Sa mère répondit obstinément :
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– J’ voulions point vendre not’ éfant !
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Le père ne disait rien. Le fils reprit :
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– C’est-il pas malheureux d’être sacrifié comme ça !
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Alors le père Tuvache articula d’un ton coléreux :
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– Vas-tu pas nous r’procher d’ t’avoir gardé ?
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Et le jeune homme, brutalement :
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– Oui, j’ vous le r’proche, que vous n’êtes que des niants. Des parents comme vous ca fait l’ malheur des éfants. Qu’ vous mériteriez que j’ vous quitte.
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La bonne femme pleurait dans son assiette. Elle gémit tout en avalant des cuillerées de soupe dont elle répandait la moitié :
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– Tuez-vous donc pour élever d’s éfants !
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Alors le gars, rudement :
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– J’aimerais mieux n’être point né que d’être c’ que j’ suis. Quand j’ai vu l’autre, tantôt, mon sang n’a fait qu’un tour. Je m’ suis dit : – v’là c’ que j’ serais maintenant !
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Il se leva.
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– Tenez, j’ sens bien que je ferai mieux de n’ pas rester ici, parce que j’ vous le reprocherais du matin au soir, et que j’ vous ferais une vie d’ misère. Ça, voyez-vous, j’ vous l’ pardonnerai jamais !
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Les deux vieux se taisaient, atterrés, larmoyants !
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Il reprit :
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– Non, c’t’ idée-là, ce serait trop dur. J’aime mieux m’en aller chercher ma vie aut’ part !
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Il ouvrit la porte. Un bruit de voix entra. Les Vallin festoyaient avec l’enfant revenu.
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Alors Charlot tapa du pied et, se tournant vers ses parents, cria :
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– Manants, va !
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Et il disparut dans la nuit.
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Le recueil se referme sur une note toute différente : la guerre de 1870 vue par un soldat allemand aussi gros que peureux, Walter Schnaffs, qui après deux jours caché dans un fossé, affamé, s’introduit dans un château pour y voler à manger — et n’y trouve, à sa grande joie, que ce qu’il désirait depuis le début : se faire prendre prisonnier.
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Et brusquement, sans réfléchir, il apparut, casqué, dans le cadre de la fenêtre.
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Huit domestiques dînaient autour d’une grande table. Mais soudain une bonne demeura béante, laissant tomber son verre, les yeux fixes. Tous les regards suivirent le sien !
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On aperçut l’ennemi !
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Seigneur ! les Prussiens attaquaient le château !...
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Ce fut d’abord un cri, un seul cri, fait de huit cris poussés sur huit tons différents, un cri d’épouvante horrible, puis une levée tumultueuse, une bousculade, une mêlée, une fuite éperdue vers la porte du fond. Les chaises tombaient, les hommes renversaient les femmes et passaient dessus. En deux secondes, la pièce fut vide, abandonnée, avec la table couverte de mangeaille en face de Walter Schnaffs stupéfait, toujours debout dans sa fenêtre.
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Après quelques instants d’hésitation, il enjamba le mur d’appui et s’avança vers les assiettes. Sa faim exaspérée le faisait trembler comme un fiévreux : mais une terreur le retenait, le paralysait encore. Il écouta. Toute la maison semblait frémir ; des portes se fermaient, des pas rapides couraient sur le plancher du dessus. Le Prussien inquiet tendait l’oreille à ces confuses rumeurs ; puis il entendit des bruits sourds comme si des corps fussent tombés dans la terre molle, au pied des murs, des corps humains sautant du premier étage.
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Puis tout mouvement, toute agitation cessèrent, et le grand château devint silencieux comme un tombeau.
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Walter Schnaffs s’assit devant une assiette restée intacte, et il se mit à manger. Il mangeait par grandes bouchées comme s’il eût craint d’être interrompu trop tôt, de n’en pouvoir engloutir assez. Il jetait à deux mains les morceaux dans sa bouche ouverte comme une trappe ; et des paquets de nourriture lui descendaient coup sur coup dans l’estomac, gonflant sa gorge en passant. Parfois, il s’interrompait, prêt à crever à la façon d’un tuyau trop plein. Il prenait alors la cruche au cidre et se déblayait l’œsophage comme on lave un conduit bouché.
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Il vida toutes les assiettes, tous les plats et toutes les bouteilles ; puis, soûl de liquide et de mangeaille, abruti, rouge, secoué par des hoquets, l’esprit troublé et la bouche grasse, il déboutonna son uniforme pour souffler, incapable d’ailleurs de faire un pas. Ses yeux se fermaient, ses idées s’engourdissaient ; il posa son front pesant dans ses bras croisés sur la table, et il perdit doucement la notion des choses et des faits.
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Le dernier croissant éclairait vaguement l’horizon au-dessus des arbres du parc. C’était l’heure froide qui précède le jour.
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Des ombres glissaient dans les fourrés, nombreuses et muettes ; et parfois, un rayon de lune faisait reluire dans l’ombre une pointe d’acier.
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Le château tranquille dressait sa haute silhouette noire. Deux fenêtres seules brillaient encore au rez-de-chaussée.
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Soudain, une voix tonnante hurla :
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– En avant ! nom d’un nom ! à l’assaut ! mes enfants !
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Alors, en un instant, les portes, les contrevents et les vitres s’enfoncèrent sous un flot d’hommes qui s’élança, brisa, creva tout, envahit la maison. En un instant cinquante soldats armés jusqu’aux cheveux, bondirent dans la cuisine où reposait pacifiquement Walter Schnaffs, et, lui posant sur la poitrine cinquante fusils chargés, le culbutèrent le roulèrent, le saisirent, le lièrent des pieds à la tête.
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Il haletait d’ahurissement, trop abruti pour comprendre, battu, crossé et fou de peur.
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Et tout d’un coup, un gros militaire chamarré d’or lui planta son pied sur le ventre en vociférant :
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– Vous êtes mon prisonnier, rendez-vous !
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Le Prussien n’entendit que ce seul mot « prisonnier », et il gémit : « Ya, ya, ya. »
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Il fut relevé, ficelé sur une chaise, et examiné avec une vive curiosité par ses vainqueurs qui soufflaient comme des baleines. Plusieurs s’assirent, n’en pouvant plus d’émotion et de fatigue.
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Il souriait, lui, il souriait maintenant, sûr d’être enfin prisonnier !
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Un autre officier entra et prononça :
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– Mon colonel, les ennemis se sont enfuis ; plusieurs semblent avoir été blessés. Nous restons maîtres de la place.
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Le gros militaire qui s’essuyait le front vociféra : « Victoire ! »
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Et il écrivit sur un petit agenda de commerce tiré de sa poche :
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« Après une lutte acharnée, les Prussiens ont dû battre en retraite, emportant leurs morts et leurs blessés, qu’on évalue à cinquante hommes hors de combat. Plusieurs sont restés entre nos mains. »
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Le jeune officier reprit :
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– Quelles dispositions dois-je prendre, mon colonel ?
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Le colonel répondit :
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– Nous allons nous replier pour éviter un retour offensif avec de l’artillerie et des forces supérieures.
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Et il donna l’ordre de repartir.
142
La colonne se reforma dans l’ombre, sous les murs du château, et se mit en mouvement, enveloppant de partout Walter Schnaffs garrotté, tenu par six guerriers le revolver au poing.
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Des reconnaissances furent envoyées pour éclairer la route. On avançait avec prudence, faisant halte de temps en temps.
144
Au jour levant, on arrivait à la sous-préfecture de La Roche-Oysel, dont la garde nationale avait accompli ce fait d’armes.
145
La population anxieuse et surexcitée attendait. Quand on aperçut le casque du prisonnier, des clameurs formidables éclatèrent. Les femmes levaient les bras ; des vieilles pleuraient ; un aïeul lança sa béquille au Prussien et blessa le nez d’un de ses gardiens.
146
Le colonel hurlait.
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– Veillez à la sûreté du captif.
148
On parvint enfin à la maison de ville. La prison fut ouverte, et Walter Schnaffs jeté dedans, libre de liens.
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Deux cents hommes en armes montèrent la garde autour du bâtiment.
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Alors, malgré des symptômes d’indigestion qui le tourmentaient depuis quelque temps, le Prussien, fou de joie, se mit à danser, à danser éperdument, en levant les bras et les jambes, à danser en poussant des cris frénétiques, jusqu’au moment où il tomba, épuisé, au pied d’un mur.
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Il était prisonnier ! Sauvé !
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C’est ainsi que le château de Champignet fut repris à l’ennemi après six heures seulement d’occupation.
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Le colonel Ratier, marchand de drap, qui enleva cette affaire à la tête des gardes nationaux de La Roche-Oysel, fut décoré.