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Acte IV

Scène III

Dom Juan, Molière (1665)·Texte intégral, scène 16 sur 27·Livre complet →

Dom Juan, M. Dimanche, Sganarelle, Suite

Dom Juan, faisant de grandes civilités.

Ah ! Monsieur Dimanche, approchez. Que je suis ravi de vous voir, et que je veux de mal à mes gens de ne vous pas faire entrer d’abord ! J’avois donné ordre qu’on ne me fît parler personne ; mais cet ordre n’est pas pour vous, et vous êtes en droit de ne trouver jamais de porte fermée chez moi.

M. Dimanche

Monsieur, je vous suis fort obligé.

Dom Juan, parlant à ses laquais.

Parbleu ! coquins, je vous apprendrai à laisser M. Dimanche dans une antichambre, et je vous ferai connoître les gens.

M. Dimanche

Monsieur, cela n’est rien.

Dom Juan

Comment ? vous dire que je n’y suis pas, à M. Dimanche, au meilleur de mes amis ?

M. Dimanche

Monsieur, je suis votre serviteur : J’étois venu...

Dom Juan

Allons vite, un siége pour M. Dimanche.

M. Dimanche

Monsieur, je suis bien comme cela.

Dom Juan

Point, point, je veux que vous soyez assis contre moi.

M. Dimanche

Cela n’est point nécessaire.

Dom Juan

Otez ce pliant, et apportez un fauteuil.

M. Dimanche

Monsieur, vous vous moquez, et...

Dom Juan

Non, non, je sais ce que je vous dois, et je ne veux point qu’on mette de différence entre nous deux.

M. Dimanche

Monsieur...

Dom Juan

Allons, asseyez-vous.

M. Dimanche

Il n’est pas besoin, Monsieur, et je n’ai qu’un mot à vous dire. J’étois...

Dom Juan

Mettez-vous là, vous dis-je.

M. Dimanche

Non, Monsieur, je suis bien. Je viens pour...

Dom Juan

Non, je ne vous écoute point si vous n’êtes assis.

M. Dimanche

Monsieur, je fais ce que vous voulez. Je...

Dom Juan

Parbleu ! Monsieur Dimanche, vous vous portez bien.

M. Dimanche

Oui, Monsieur, pour vous rendre service. Je suis venu...

Dom Juan

Vous avez un fonds de santé admirable, des lèvres fraîches, un teint vermeil, et des yeux vifs.

M. Dimanche

Je voudrois bien...

Dom Juan

Comment se porte Madame Dimanche, votre épouse ?

M. Dimanche

Fort bien, Monsieur, Dieu merci.

Dom Juan

C’est une brave femme.

M. Dimanche

Elle est votre servante, Monsieur. Je venois...

Dom Juan

Et votre petite fille Claudine, comment se porte-t-elle ?

M. Dimanche

Le mieux du monde.

Dom Juan

La jolie petite fille que c’est ! je l’aime de tout mon cœur.

M. Dimanche

C’est trop d’honneur que vous lui faites, Monsieur. Je vous...

Dom Juan

Et le petit Colin, fait-il toujours bien du bruit avec son tambour ?

M. Dimanche

Toujours de même, Monsieur. Je...

Dom Juan

Et votre petit chien Brusquet ? gronde-t-il toujours aussi fort, et mord-il toujours bien aux jambes les gens qui vont chez vous ?

M. Dimanche

Plus que jamais, Monsieur, et nous ne saurions en chevir.

Dom Juan

Ne vous étonnez pas si je m’informe des nouvelles de toute la famille, car j’y prends beaucoup d’intérêt.

M. Dimanche

Nous vous sommes, Monsieur, infiniment obligés. Je...

Dom Juan, lui tendant la main.

Touchez donc là, Monsieur Dimanche. Etes-vous bien de mes amis ?

M. Dimanche

Monsieur, je suis votre serviteur.

Dom Juan

Parbleu ! je suis à vous de tout mon cœur.

M. Dimanche

Vous m’honorez trop. Je...

Dom Juan

Il n’y a rien que je ne fisse pour vous.

M. Dimanche

Monsieur, vous avez trop de bonté pour moi.

Dom Juan

Et cela sans intérêt, je vous prie de le croire.

M. Dimanche

Je n’ai point mérité cette grâce assurément. Mais, Monsieur...

Dom Juan

Oh ! çà, Monsieur Dimanche, sans façon, voulez-vous souper avec moi ?

M. Dimanche

Non, Monsieur, il faut que je m’en retourne tout à l’heure. Je...

Dom Juan, se levant.

Allons, vite un flambeau pour conduire M. Dimanche et que quatre ou cinq de mes gens prennent des mousquetons pour l’escorter.

M. Dimanche, se levant de même.

Monsieur, il n’est pas nécessaire, et je m’en irai bien tout seul. Mais... (Sganarelle ôte les sièges promptement.)

Dom Juan

Comment ? Je veux qu’on vous escorte, et je m’intéresse trop à votre personne. Je suis votre serviteur, et de plus votre débiteur.

M. Dimanche

Ah ! Monsieur...

Dom Juan

C’est une chose que je ne cache pas, et je le dis à tout le monde.

M. Dimanche

Si...

Dom Juan

Voulez-vous que je vous reconduise ?

M. Dimanche

Ah ! Monsieur, vous vous moquez, Monsieur...

Dom Juan

Embrassez-moi donc, s’il vous plaît. Je vous prie encore une fois d’être persuadé que je suis tout à vous, et qu’il n’y a rien au monde que je ne fisse pour votre service. (Il sort.)

Sganarelle

Il faut avouer que vous avez en Monsieur un homme qui vous aime bien.

M. Dimanche

Il est vrai ; il me fait tant de civilités et tant de compliments que je ne saurois jamais lui demander de l’argent.

Sganarelle

Je vous assure que toute sa maison périroit pour vous ; et je voudrois qu’il vous arrivât quelque chose, que quelqu’un s’avisât de vous donner des coups de bâton ; vous verriez de quelle manière...

M. Dimanche

Je le crois ; mais, Sganarelle, je vous prie de lui dire un petit mot de mon argent.

Sganarelle

Oh ! ne vous mettez pas en peine, il vous payera le mieux du monde.

M. Dimanche

Mais vous, Sganarelle, vous me devez quelque chose en votre particulier.

Sganarelle

Fi ! ne parlez pas de cela.

M. Dimanche

Comment ? Je...

Sganarelle

Ne sais-je pas bien que je vous dois ?

M. Dimanche

Oui, mais...

Sganarelle

Allons, Monsieur Dimanche, je vais vous éclairer.

M. Dimanche

Mais mon argent...

Sganarelle, prenant M. Dimanche par le bras.

Vous moquez-vous ?

M. Dimanche

Je veux...

Sganarelle, le tirant.

Eh !

M. Dimanche

J’entends...

Sganarelle, le poussant.

Bagatelles.

M. Dimanche

Mais...

Sganarelle, le poussant.

Fi !

M. Dimanche

Je...

Sganarelle, le poussant tout à fait hors du théâtre.

Fi ! vous dis-je.