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Acte III

Scène II

L'Avare, Molière (1668)·Texte intégral, scène 11 sur 29·Livre complet →

Maître Jacques, Valère

Valère

A ce que je puis voir, maître Jacques, on paye mal votre franchise.

Maître Jacques

Morbleu ! Monsieur le nouveau venu, qui faites l’homme d’importance, ce n’est pas votre affaire. Riez de vos coups de bâton quand on vous en donnera, et ne venez point rire des miens.

Valère

Ah ! Monsieur maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.

Maître Jacques

Il file doux. Je veux faire le brave et s’il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu. Savez-vous bien, Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi ? et que si vous m’échauffez la tête, je vous ferai rire d’une autre sorte ?

(Maître Jacques pousse Valère jusques au bout du théâtre, en le menaçant.)

Valère

Eh ! doucement.

Maître Jacques

Comment, doucement ? Il ne me plaît pas, moi.

Valère

De grâce.

Maître Jacques

Vous êtes un impertinent.

Valère

Monsieur maître Jacques...

Maître Jacques

Il n’y a point de Monsieur maître Jacques pour un double. Si je prends un bâton, je vous rosserai d’importance.

Valère

Comment, un bâton ? (Valère le fait reculer autant qu’il l’a fait.)

Maître Jacques

Eh ! je ne parle pas de cela.

Valère

Savez-vous bien, Monsieur le fat, que je suis homme à vous rosser vous-même ?

Maître Jacques

Je n’en doute pas.

Valère

Que vous n’êtes, pour tout potage, qu’un faquin de cuisinier ?

Maître Jacques

Je le sais bien.

Valère

Et que vous ne me connoissez pas encore.

Maître Jacques

Pardonnez-moi.

Valère

Vous me rosserez, dites-vous ?

Maître Jacques

Je le disois en raillant.

Valère

Et moi, je ne prends point de goût à votre raillerie. (Il lui donne des coups de bâton.) Apprenez que vous êtes un mauvais railleur.

Maître Jacques

Peste soit la sincérité ! c’est un mauvais métier. Désormais j’y renonce, et je ne veux plus dire vrai. Passe encore pour mon maître ; il a quelque droit de me battre ; mais pour ce Monsieur l’intendant, je m’en vengerai si je puis.