George Sand · 1846
1Cette notice précède le roman depuis l’édition des Œuvres illustrées de George Sand, publiée par Hetzel en 1852.
2Le chanvre fut beaucoup cultivé pour sa tige qui donne une fibre textile solide ; on en faisait de la toile et on en fabrique encore de la corde. (...) Pour extraire la fibre textile, plusieurs opérations étaient nécessaires et la tâche du chanvreur consistait à broyer le chanvre avec de grosses mâchoires en bois, après le rouissage, par lequel on avait amolli la tige et éliminé tout ce qui n’était pas la fibre. George Sand fait intervenir cet artisan dans plusieurs de ses romans champêtres (François le Champi, 1847, et Les Maîtres sonneurs, 1853) comme un conteur et un chanteur, comme une sorte de « meneur » dans les réjouissances villageoises ; dans La Mare au diable, on le voit à l’œuvre au moment des noces de Germain et de Marie.
1Allusion à la tradition de la littérature pastorale et à la mode de la vie rustique lancée par la reine Marie-Antoinette.
1George Sand est un pseudonyme masculin. De manière cohérente, elle emploie toujours la forme du masculin en parlant d’elle-même dans ses écrits.
1À la fin du Moyen Âge, les danses macabres furent un genre fort pratiqué en peinture et en sculpture. Ces tableaux, fresques, ou retables, représentaient un cortège de squelettes dansant sous la conduite de la Mort. victimes. Est-ce que notre littérature ne procéderait pas un peu en ceci comme les artistes du Moyen Âge et de la Renaissance ?
1Les indulgences sont, dans la pratique catholique, une remise (calculée en nombre de jours) de la peine à purger en purgatoire : elles s’obtiennent en échange de prières, d’actes divers figurant parmi les prescriptions de la pratique religieuse. Elles ont aussi été vendues, par exemple par le pape Léon X en 1512, à quiconque donnerait de l’argent pour achever la basilique Saint-Pierre à Rome. Cette vente scandaleuse fut saisie par Luther comme exemple de la corruption du clergé catholique, corruption générale contre laquelle s’élevait la Réforme.
1Le Vicaire de Wakefield (1766) est un roman très moral de l’écrivain anglais, Olivier Goldsmith ; il eut un grand succès en France. Le Paysan perverti (1775) de Restif de la Bretonne et Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos peignent au contraire, avec cynisme, les mœurs corrompues d’une frange de la société française du XVIIIe siècle.
1Mot berrichon pour désigner la charrue. « De forme antique », parce que la charrue est alors encore en Berry une charrue sans roue, semblable à celle dont se servaient les Romains.
1Lourdes, résistantes, difficiles à labourer.
1O fortunatos nimium, sua si bona norint / agricolas (Virgile, Géorgiques, II, 458-9). George Sand a déjà cité ce « mot triste et doux de Virgile » : « Ô heureux l’homme des champs, s’il connaissait son bonheur. » cessassent de voir et mon cerveau de comprendre l’harmonie des couleurs et des sons, la finesse des tons et la grâce des contours, en un mot la beauté mystérieuse des choses ! et surtout sans que mon cœur cessât d’être en relation avec le sentiment divin qui a présidé à la création immortelle et sublime.
1Il s’agit du « temple de la nature », expression consacrée dans la poésie romantique.
1Désolés, contrariés, affligés (sens classique, que l’on trouve chez Molière, par exemple). D’abord je ne suis pas d’avis que tu prennes une jeunesse. Ce n’est pas ce qu’il te faut. La jeunesse est légère ; et comme c’est un fardeau d’élever trois enfants, surtout quand ils sont d’un autre lit, il faut une bonne âme bien sage, bien douce et très portée au travail. Si ta femme n’a pas environ le même âge que toi, elle n’aura pas assez de raison pour accepter un pareil devoir. Elle te trouvera trop vieux et tes enfants trop jeunes. Elle se plaindra et tes enfants pâtiront.
1D’humeur désagréable. Même sens que dans l’expression, encore usitée aujourd’hui : avoir un caractère chagrin (prompt à la mauvaise humeur). Pour les moutons, la vigne, le jardinage, les menus profits et la culture fine, vous savez que ça regarde votre fils et que je ne m’en mêle pas beaucoup. Quant à l’argent, ma mémoire est courte, et j’aimerais mieux tout céder que de disputer sur le tien et le mien. Je craindrais de me tromper et de réclamer ce qui ne m’est pas dû, et si les affaires n’étaient pas simples et claires, je ne m’y retrouverais jamais.
1Mot du Berry, pour battage, action de battre le blé pour séparer le grain de l’épi. Je me fie à Jacques comme à vous-même, et comme je n’ai pas de bien à moi, que tout ce qui peut me revenir provient de votre fille et appartient à nos enfants, je peux être tranquille et vous aussi ; Jacques ne voudrait pas dépouiller les enfants de sa sœur pour les siens, puisqu’il les aime quasi autant les uns que les autres.
1Dîner, selon l’ancien usage, désigne le repas de midi, aujourd’hui nommé déjeuner (en France). grande dans ce moment-ci, les chemins sont bons, et il n’y a pas plus de trois lieues de pays. C’est près du Magnier. D’ailleurs tu prendras la jument.
1En service.
2À la Saint-Jean (24 juin) et à la Saint-Martin (11 novembre) avaient lieu dans les campagnes de grandes foires au cours desquelles les jeunes gens, garçons et filles, se présentaient pour se louer comme domestiques.
3Terrain appartenant à la commune et où les paysans pauvres pouvaient mener paître leurs bêtes.
1Bergère. Le mot est souligné par George Sand pour en signaler l’appartenance au patois berrichon.
1Ou enfarges : liens avec lesquels on attachait entre elles les pattes des chevaux mis en pâture pour les empêcher de courir.
1Bois coupé qui commence à repousser.
1Arbre que l’on taille régulièrement et dont le branchage prend la forme d’une grosse tête.
1Terre inculte où croissent les bruyères.
1Mot du patois berrichon : le bât.
1Berger, « enfant qui garde les bêtes » comme dit George Sand dans la réplique de Germain.
1Pulmonique, malade des poumons.
1Petite caisse à compartiments qui servait à transporter du vin et des liqueurs.
2Assemblage de branches entrelacées en forme d’arceau pour faire ombre, comme on en voit encore dans les jardins d’auberges de campagne.
1Possédé, habité par le diable.
1Souligné par George Sand, pour signaler le caractère patoisant de l’expression qui équivaut à aboyé toute la nuit.
1Vêtu avec soin (sens un peu ancien, comme il s’en maintient l’usage dans les campagnes). « Riquet à la Houppe se présente à elle, brave, magnifique et comme un prince qui va se marier » (Perrault).
1Au milieu du XIXe siècle on donnait aux mondains le nom de « lions » et de « lionnes ». Appliquée à la fille du père Léonard, l’épithète est à double sens : la veuve Guérin joue à l’élégante du village et elle est un peu mangeuse d’hommes.
1Une maison bâtie sur une cave est dans ces campagnes une maison de bonne construction, déjà riche, par opposition aux chaumières construites sur le sol battu.
2Terrain planté de chanvre.
1En surnombre.
1Sorte de dentelle qui fut d’abord exécutée en soie naturelle non teintée. « Blonde » est donc un substantif qui désigne un type de dentelle. Celle-ci peut évidemment être teintée en noir. L’effet d’antithèse « blonde noire » condense tout ce qui sonne faux chez cette veuve trop parée.
1Chaume, champ où la chaume est encore sur pied, terrain laissé en jachère.
1« C’est le chemin qui détourne de la rue principale à l’entrée des villages et les côtoie à l’extérieur. On suppose que les gens qui craignent de recevoir quelque affront mérité le prennent pour éviter d’être vus. » (Note de George Sand.)
1Souligné par George Sand comme expressions enfantines propres au Petit-Pierre. Tout le récit de l’enfant est construit dans un langage enfantin et populaire.
1Locutions particulières à une langue.
1Étoffe de coton peinte qui fut d’abord importée de l’Inde, puis que l’on fabriqua en Europe.
2Deuxième épouse d’Henri VIII d’Angleterre, qui la fit décapiter pour épouser Jane Seymour. Le peintre Hans Holbein, dont George Sand décrit la gravure à l’ouverture du roman, était devenu le peintre officiel de la cour d’Henri VIII. Il exécuta de nombreux portraits, notamment du roi et de ses femmes. Un dessin d’Anne Boleyn et un portrait à l’huile de Jane Seymour montrent les deux femmes portant la même coiffe. Celle-ci encadre le visage, enferme complètement la chevelure, du front jusqu’à la nuque, couvre les oreilles et descend en pointe de chaque côté le long de la mâchoire inférieure, jusqu’à la hauteur de la bouche.
3Favorite du roi de France Charles VII. Le peintre Jean Fouquet aurait peint ses traits pour représenter la Vierge entourée d’anges, un des deux panneaux du Diptyque de Melun, commandé par Étienne Chevalier. La Vierge se trouve à Anvers.
1Le texte de la Bible mérite d’être cité. Jacob vient d’arriver près du puits de Laban, et il parle aux bergers. « Comme il leur parlait encore, survint Rachel avec le troupeau de son père : car elle était bergère. Lorsque Jacob vit Rachel (...) il s’approcha, roula la pierre du puits, et abreuva le troupeau de Laban, frère de sa mère. Et Jacob baisa Rachel, il éleva la voix et pleura » (Genèse, XXIX, 9-12. Cité d’après la traduction de Louis Segond). Cette rencontre fut traitée par plusieurs peintres, notamment Raphaël, Claude Lorrain et Ary Scheffer, contemporain de George Sand qui le connaissait.
1Également terme du langage juridique. L’exploit d’huissier est le document par lequel sont communiquées des assignations, des notifications. De même que l’usage des coutumes campagnardes, l’usage juridique conserve les significations archaïques des mots.
1Convier à une cérémonie (Littré).
1Sorte de lutin familier plus malin que malfaisant (Littré).
2Espèces de mâchoires en bois qui servaient à broyer les tiges de chanvre.
1Nom de brigands qui brûlaient les pieds de leurs victimes pour leur faire dire où était caché l’argent.
2Habitants d’une paroisse. Ici, le fossoyeur veut dire : mes amis, qui êtes de la même paroisse que moi. L’adresse du fossoyeur n’a donc pas le même sens que celle du curé, dont les paroissiens sont aussi les ouailles.
1Apparemment un nom de village à demi inventé par George Sand, mais qui sonne comme un nom de pays du Berry, où deux villages proches de La Châtre s’appellent, l’un, Pouligny-Saint-Martin et, l’autre, Pouligny-Notre-Dame.
1Localité du Cher.
2Haut lieu de pèlerinage, situé dans le nord de l’Espagne.
1Trou, ouverture.
1N’avoir ni feu ni lieu : n’avoir pas de domicile.
1« Je suis fille de trop grand merci (trop grand prix) pour ouvrir ma porte à cette heure ci » : pour céder aussi rapidement.
1Françoise Meillant était domestique chez George Sand. Cet incident fit diversion, et, tandis que les uns s’empressaient d’étouffer ce germe d’incendie, le fossoyeur, qui était grimpé au grenier sans qu’on s’en aperçut, descendit par la cheminée, et saisit la broche au moment où le bouvier, qui la défendait auprès de l’âtre, l’élevait au-dessus de sa tête pour empêcher qu’elle ne lui fût arrachée. Quelque temps avant la prise d’assaut, les matrones avaient eu le soin d’éteindre le feu, de crainte qu’en se débattant auprès, quelqu’un ne vînt à y tomber et à se brûler. Le facétieux fossoyeur, d’accord avec le bouvier, s’empara donc du trophée sans difficulté et le jeta en travers sur les landiers. C’en était fait ! il n’était plus permis d’y toucher. Il sauta au milieu de la chambre et alluma un reste de paille, qui entourait la broche, pour faire le simulacre de la cuisson du rôti, car l’oie était en pièces et jonchait le plancher de ses membres épars.
1Parties de la coiffe qui descendent de chaque côté du visage.
1Sorte de jeu de cartes usité parmi les soldats et dans lequel le perdant porte sur le nez un petit morceau de bois fendu dit « drogue » (Littré).
1On voit ici d’où pouvait venir l’expression populaire : les enfants naissent dans les choux.