1Mai 1826.
2On me dit: «Otez ce morceau, rien de plus vrai; mais gare les industriels; ils vont crier à l'aristocrate.»—En 1817, je n'ai pas craint les procureurs généraux; pourquoi aurais-je peur des millionnaires en 1826? Les vaisseaux fournis au pacha d'Égypte m'ont ouvert les yeux sur leur compte, et je ne crains que ce que j'estime.
3Mai 1854.
4Extrait des *Causeries du Lundi*, de Sainte-Beuve, tome IX.—Librairie Garnier frères.
5Steindal est une ville de la Saxe prussienne, lieu natal de Winckelmann. Il est probable que Beyle y aura songé en prenant le nom sous lequel il devint un guide de l'art en Italie.
6Il met minuit *et demi*, parce qu'il croit avoir observé qu'à minuit sonnant, les ennuyeux ou les gens d'habitude vident régulièrement le salon; il ne reste plus qu'un choix de gens aimables et de ceux qui se plaisent tout de bon.
7Je dois à la science et à l'obligeance de M. Anders, de la Bibliothèque impériale, la note suivante qui ne laisse rien à désirer pour l'éclaircissement de l'énigme bibliographique que présente le premier ouvrage de Beyle: «L'ouvrage de Beyle sur Haydn, publié d'abord sous le pseudonyme de Bombet (1814), puis sous celui de Stendhal (1817), n'est pas une simple traduction des *Haydine* de Carpani. Beyle a arrangé ce livre de manière à se l'approprier, et il a cherché à déguiser son plagiat par des changements, des additions et des transpositions qui rendent difficile la recherche des passages que l'on voudrait comparer. «Dans Carpani, les lettres sont au nombre de seize; dans Bombet, il y en a vingt-deux, parce que plusieurs ont été coupées en deux et entièrement remaniées. «Il est à remarquer que, pour quelques-unes de ces lettres, Beyle a conservé la date des lettres originales, tandis que pour d'autres il l'a changée. «Ce qui est plus curieux, c'est une note qui se trouve à la page 275, où il est dit: «L'auteur a fait ce qu'il a pu pour ôter les répétitions qui étaient sans nombre dans les *Lettres originales*.» «Il paraît que Beyle a voulu se ménager une excuse contre le reproche de plagiat; mais alors pourquoi n'a-t-il pas donné cette indication en tête du livre, dans quelques mots servant de préface? «La Vie de Mozart est réellement tirée d'un ouvrage de Schlichtegroll, auteur très connu en Allemagne, et qu'on a eu le tort, en France, de prendre pour un nom supposé. Outre des ouvrages relatifs à la numismatique et à l'archéologie, Schlichtegroll a publié pendant dix ans une *Nécrologie contenant les détails biographiques des hommes remarquables morts dans le courant de l'année*. C'est dans le tome II de la deuxième année (Gotha, 1793) que se trouve l'article sur Mozart (p. 82-112). La traduction de Beyle est très libre, ici encore il a supprimé et ajouté beaucoup de choses. Il a, en outre, divisé cette biographie en chapitres, ce qui n'a pas lieu dans l'original. Les quatre premiers seulement contiennent des détails pris dans Schlichtegroll; les trois derniers sont remplis d'anecdotes tirées d'un ouvrage allemand que Beyle n'indique pas, mais qui a été traduit en français sous le titre suivant: «*Anecdotes sur W.-G. Mozart*, traduites de l'allemand, par Ch.-Fr. Cramer, Paris, 1801; in-8<sup>o</sup> de 68 pages.» «Tout ce qui se trouve dans Beyle, à partir de la page 329 jusqu'à la page 354, est pris dans cette brochure.» (Note de M. Anders.)
8Il était assez d'avis qu'on devrait cacher la mort comme on cacherait une dernière fonction messéante de la vie.
9Je ne voudrais pas faire de rapprochement forcé; mais il m'est impossible de ne pas remarquer que Beyle, dans un ordre d'idées plus léger, ne fait autre chose qu'adresser aux Français de ces reproches que le comte Joseph de Maistre leur adressait également. Tous les deux, ils ont cela de commun de dire aux Parisiens bien des duretés, ou même des impertinences, et de songer beaucoup à l'opinion de Paris.
10Quelqu'un a dit de Beyle: «C'est le meilleur des touristes, l'homme qui fait le moins l'*Itinéraire à Jérusalem*.»
11Chez M<sup>me</sup> Pasta, chez M<sup>lle</sup> Schiasetti, des Italiens, celle qui fut la grande passion de Victor Jacquemont, chez M<sup>me</sup> Ancelot, chez M. Cuvier, etc.
12J'aime à me représenter cet amour français ou cette amitié tendre, dans ses diversités de nuances, par les noms de M<sup>me</sup> de La Fayette, de M<sup>me</sup> de Caylus, de M<sup>me</sup> d'Houdetot, de M<sup>me</sup> d'Épinay, de M<sup>me</sup> de Beaumont, de M<sup>me</sup> de Custine; jamais la grâce n'y est absente.
13L'anecdote qu'on va lire est authentique, et je la tiens d'original: «On sait que Balzac admirait Beyle à la folie pour sa *Chartreuse de Parme* et qu'il l'a loué à mort dans sa *Revue Parisienne*. Beyle, vers ce temps, revenait de Rome, de Civita-Vecchia, à Paris, et dans le premier moment, craignant le ridicule, il fut tout confus d'un pareil éloge si exorbitant: il ne savait où se cacher. Cependant il vit Balzac et ne lui sut pas mauvais gré d'avoir été ainsi bombardé grand homme. Vers ce temps, Beyle vendait à la *Revue des Deux Mondes* une série de nouvelles italiennes qu'il se proposait de faire et dont il n'y eut qu'une ou deux d'achevées. Il reçut pour cela la somme de 3.000 francs. Or, à sa mort, on trouva dans ses papiers la preuve que ces 3.000 francs avaient été donnés ou prêtés par lui à Balzac qui fut ainsi payé de son éloge: un service d'argent contre un service d'amour-propre. M. Colomb, ami intime de Beyle, et qui eut à mettre en ordre ses papiers, a lui-même certifié le fait.»—Et moi je n'ajouterai qu'un mot qui est celui du poète de la *Métromanie*:
14Les amis de M. Beyle lui ont demandé souvent qui étaient ce capitaine et ce gendarme; il répondait qu'il avait oublié leur histoire. P. M.
15Dialogue connu de Pont de Veyle avec M<sup>me</sup> du Deffant, au coin du feu.
16Ce livre est traduit librement d'un manuscrit italien de M. Lisio Visconti, jeune homme de la plus haute distinction, qui vient de mourir à Volterre, sa patrie. Le jour de sa mort imprévue, il permit au traducteur de publier son essai sur l'Amour, s'il trouvait moyen de le réduire à une forme honnête.
17Voir, pour plus ample explication de ce mot, le *Rameau de Salzbourg* (fragment inédit), à la fin du volume.
18Si cette particularité ne se présente pas chez l'homme, c'est qu'il n'a pas la pudeur à sacrifier pour un instant.
19Ce qui veut dire que la même nuance d'existence ne donne qu'un instant de bonheur parfait; mais la manière d'être d'un homme passionné change dix fois par jour.
20Ce que les romans du XVII<sup>e</sup> siècle appelaient le *coup de foudre*, qui décide du destin du héros et de sa maîtresse, est un mouvement de l'âme qui, pour avoir été gâté par un nombre infini de barbouilleurs, n'en existe pas moins dans la nature; il provient de l'impossibilité de cette manœuvre défensive. La femme qui aime trouve trop de bonheur dans le sentiment qu'elle éprouve pour pouvoir réussir à feindre; ennuyée de la prudence, elle néglige toute précaution et se livre en aveugle au bonheur d'aimer. La défiance rend le coup de foudre impossible.
21J'ai appelé cet essai un livre d'idéologie. Mon but a été d'indiquer que, quoiqu'il s'appelât l'*Amour*, ce n'était pas un roman, et que surtout il n'était pas amusant comme un roman. Je demande pardon aux philosophes d'avoir pris le mot *idéologie*: mon intention n'est certainement pas d'usurper un titre qui serait le droit d'un autre. Si l'idéologie est une description détaillée des idées et de toutes les parties qui peuvent les composer, le présent livre est une description détaillée et minutieuse de tous les sentiments qui composent la passion nommée l'*amour*. Ensuite je tire quelques conséquences de cette description, par exemple, la manière de guérir l'amour. Je ne connais pas de mot pour dire, en grec, discours sur les sentiments, comme idéologie indique discours sur les idées. J'aurais pu me faire inventer un mot par quelqu'un de mes amis savants, mais je suis déjà assez contrarié d'avoir dû adopter le mot nouveau de *cristallisation*, et il est fort possible que si cet essai trouve des lecteurs, ils ne me passent pas ce mot nouveau. J'avoue qu'il y aurait eu du talent littéraire à l'éviter; je m'y suis essayé, mais sans succès. Sans ce mot, qui suivant moi exprime le principal phénomène de cette folie nommée amour, *folie* cependant qui procure à l'homme les plus grands plaisirs qu'il soit donné aux êtres de son espèce de goûter sur la terre, sans l'emploi de ce mot qu'il fallait sans cesse remplacer par une périphrase fort longue, la description que je donne de ce qui se passe dans la tête et dans le cœur de l'homme amoureux devenait obscure, lourde, ennuyeuse, même pour moi qui suis l'auteur: qu'aurait-ce été pour le lecteur? J'engage donc le lecteur qui se sentira trop choqué par ce mot de *cristallisation* à fermer le livre. Il n'entre pas dans mes vœux, et sans doute fort heureusement pour moi, d'avoir beaucoup de lecteurs. Il me serait doux de plaire beaucoup à trente ou quarante personnes de Paris que je ne verrai jamais, mais que j'aime à la folie, sans les connaître. Par exemple, quelque jeune M<sup>me</sup> Roland, lisant en cachette quelque volume qu'elle cache bien vite, au moindre bruit, dans les tiroirs de l'établi de son père, lequel est graveur de boîtes de montre. Une âme comme celle de M<sup>me</sup> Roland me pardonnera, je l'espère, non seulement le mot de *cristallisation* employé pour exprimer cet acte de folie, qui nous fait apercevoir toutes les beautés, tous les genres de perfection dans la femme que nous commençons à aimer, mais encore plusieurs ellipses trop hardies. Il n'y a qu'à prendre un crayon et écrire entre les lignes les cinq ou six mots qui manquent.
22Toutes ses actions eurent d'abord à mes yeux cet air céleste qui sur le champ fait d'un homme un être à part, le différencie de tous les autres. Je croyais lire dans ses yeux cette soif d'un bonheur plus sublime, cette mélancolie non avouée qui aspire à quelque chose de mieux que ce que nous trouvons ici-bas, et qui, dans toutes les situations où la fortune et les révolutions peuvent placer une âme romanesque,
23C'est pour *abréger* et pouvoir peindre l'intérieur des âmes que l'auteur rapporte, en employant la formule du *je*, plusieurs sensations qui lui sont étrangères; il n'avait rien de personnel qui méritât d'être cité.
24La bonne éducation, à l'égard des crimes, est de donner des remords qui, prévus, mettent un poids dans la balance.
25Diane de Poitiers, dans la *Princesse de Clèves*.
26Car, si vous pouviez vous imaginer là un bonheur, la cristallisation aurait déféré à votre maîtresse le privilège exclusif de vous donner ce bonheur.
27Cette seconde cristallisation manque chez les femmes faciles, qui sont bien loin de toutes ces idées romanesques.
28Épicure disait que le discernement est nécessaire à la possession du plaisir.
29On se rappelle la maxime de Beaumarchais: «La nature dit à la femme: Sois belle si tu peux, sage si tu veux, mais sois considérée, il le faut.» Sans considération, en France, point d'admiration, partant point d'amour.
30Dante, *Inf.*, cant. V.
31Empoli, juin 1819.
32Those who remarked in the countenance of this young here a dissolute audacity mingled with extreme haughtiness and indifference to the feelings of others, could not yet deny to his countenance that sort of comeliness which belongs to an open set of features, well formed by nature, modelled by art to the usual rules of courtesy, yet so far frank and honest, that they seemed as if they disclaimed to conceal the natural working of the soul. Such an expression if often mistaken for *manly frankness*, when in truth it arises from the reckless indifference of a libertine disposition, conscious of *superiority of birth*, of *wealth*, or of some other adventitious advantage totally unconnected with personal merit.
33Ma *beauté*, promesse d'un caractère utile à mon âme, est au dessus de l'attraction des sens; cette attraction n'est qu'une espèce particulière. 1815.
34Il y a une cause physique, un commencement de folie, une affluence du sang au cerveau, un désordre dans les nerfs et dans le centre cérébral. Voir le courage éphémère des cerfs et la couleur des pensées d'un *soprano*. En 1922, la physiologie nous donnera description de la partie physique de ce phénomène. Je le recommande à l'attention de M. Edwards.
35De là la possibilité des passions à origine factice, celles-ci, et celle de Bénédict, et de Béatrix (Shakespeare).
36Voir les *Amours de Struenzee dans les cours du Nord*, de Brown, 3 vol., 1819.
37Voir les *Lettres de M<sup>me</sup> du Deffant*, de M<sup>lle</sup> de Lespinasse, les *Mémoires de Bezenval*, *de Lauzun*, de M<sup>me</sup> d'Épinay, le *Dictionnaire des Étiquettes* de M<sup>me</sup> de Genlis, les *Mémoires de Dangeau*, *d'Horace Walpole*.
38Si ce n'est peut-être à la cour de Pétersbourg.
39Voir Saint-Simon et Werther. Quelque tendre et délicat que soit un solitaire, son âme est distraite, une partie de son imagination est employée à prévoir la société. La force de caractère est un des charmes qui séduisent le plus les cœurs vraiment féminins. De là le succès des jeunes officiers fort graves. Les femmes savent fort bien faire la différence de la violence des mouvements de passion, qu'elles sentent si possibles dans leurs cœurs, à la force de caractère; les femmes les plus distinguées sont quelquefois dupes d'un peu de charlatanisme de ce genre. On peut s'en servir sans nulle crainte, aussitôt que l'on s'aperçoit que la cristallisation a commencé.
40Les parfums.
41Voir la note 23.
42Dante, *Inf.*, cant. V.
43On me conseille d'abord d'ôter ce mot, ou, si je ne puis y parvenir, faute de talent littéraire, de rappeler souvent que j'entends par *cristallisation* une certaine figure d'imagination, laquelle rend méconnaissable un objet le plus souvent assez ordinaire, et en fait un être à part. Dans les âmes qui ne connaissent d'autre chemin que la vanité pour arriver au bonheur, il est nécessaire que l'homme qui cherche à exciter cette fièvre mette fort bien sa cravate et soit constamment attentif à mille détails qui excluent tout laisser-aller. Les femmes de la société avouent l'effet tout en niant ou ne voyant pas la cause.
44Copie du journal de Lisio.
45*Othello* et la *Vestale*, ballets de Vigano, exécutés par le Pallerini et Mollinari.
46La beauté n'est que la promesse du bonheur. Le bonheur d'un Grec était différent du bonheur d'un Français de 1822. Voyez les yeux de la Vénus de Médicis et comparez-les aux yeux de la Madeleine de Pordenone (chez M. de Sommariva).
47Si l'on est sûr de l'amour d'une femme, on examine si elle est plus ou moins belle; si l'on doute de son cœur, on n'a pas le temps de songer à sa figure.
48Voir M<sup>me</sup> de Staël, dans *Delphine*, je crois: voilà l'artifice des femmes peu jolies.
49C'est à cette sympathie nerveuse que je serais tenté d'attribuer l'effet prodigieux et incompréhensible de la musique à la mode (à Dresde, pour Rossini, 1821). Dès qu'elle n'est plus de mode, elle n'en devient pas plus mauvaise pour cela, et cependant elle ne fait plus d'effet sur les cœurs de bonne foi des jeunes filles. Elle leur plaisait peut-être aussi comme excitant les transports des jeunes gens. M<sup>me</sup> de Sévigné (Lettre 202, le 6 mai 1672) dit à sa fille: «Lully avait fait un dernier effort de toute la musique du roi; ce beau *Miserere* y était encore augmenté; il y eut un *Libera* où tous les yeux étaient pleins de larmes.» On ne peut pas plus douter de la vérité de cet effet que disputer l'esprit ou la délicatesse à M<sup>me</sup> de Sévigné. La musique de Lully, qui la charmait, ferait fuir à cette heure; alors cette musique encourageait la *cristallisation*, elle la rend impossible aujourd'hui.
50C'est là l'avantage d'être à la mode. Faisant abstraction des défauts de la figure déjà connus, et qui ne font plus rien à l'imagination, on s'attache à l'une des trois beautés suivantes: 1<sup>o</sup> Dans le peuple, à l'idée de richesse; 2<sup>o</sup> Dans le monde, à l'idée d'élégance, ou matérielle ou morale; 3<sup>o</sup> A la cour, à l'idée: je veux plaire aux femmes; presque partout, à un mélange de ces trois idées. Le bonheur attaché à l'idée de richesse se joint à la délicatesse dans le plaisir qui suit l'idée d'élégance, et le tout s'applique à l'amour. D'une manière ou d'autre, l'imagination est entraînée par la nouveauté. L'on arrive ainsi à s'occuper d'un homme très laid sans songer à sa laideur<sup>51</sup>, et à la longue sa laideur devient beauté. A Vienne, en 1788, M<sup>me</sup> Vigano, danseuse, la femme à la mode, était grosse, et les dames portèrent bientôt des petits ventres *à la Vigano*. Par les mêmes raisons retournées, rien d'affreux comme une mode surannée. Le mauvais goût, c'est de confondre la mode, qui ne vit que de changements, avec le beau durable, fruit de tel gouvernement, dirigeant tel climat. Un édifice à la mode, dans dix ans, sera à une mode surannée. Il sera moins déplaisant dans deux cents ans, quand on aura oublié la mode. Les amants sont bien fous de songer à se bien mettre; on a bien autre chose à faire en voyant ce qu'on aime que de songer à sa toilette; on regarde son amant et on ne l'examine pas, dit Rousseau. Si cet examen a lieu, on a affaire à l'amour-goût et non plus à l'amour-passion. L'air brillant de la beauté déplaît presque dans ce qu'on aime; on n'a que faire de la voir belle, on la voudrait tendre et languissante. La parure n'a d'effet, en amour, que pour les jeunes filles qui, sévèrement gardées dans la maison paternelle, prennent souvent une passion par les yeux.
51Le petit Germain, Mémoires de Grammont.
52Soit pour leur poli, soit pour leur grandeur, soit pour leur forme; c'est ainsi, ou par la liaison de sentiments (voir plus haut les marques de petite vérole) qu'une femme qui aime s'accoutume aux défauts de son amant. La princesse russe C. s'est bien accoutumée à un homme qui, en définitif, n'a pas de nez. L'image du courage et du pistolet armé pour se tuer de désespoir de ce malheur, et la pitié pour la profonde infortune, aidées par l'idée qu'il guérira et qu'il commence à guérir, ont opéré ce miracle. Il faut que le pauvre blessé n'ait pas l'air de penser à son malheur.
53Phrase inconvenante, copiée des Mémoires de mon ami, feu M. le baron de Bottmer. C'est par le même artifice que Feramorz plaît à Lalla-Rook. Voir ce charmant poème.
54On voit bien que l'auteur n'est ni prince ni millionnaire. J'ai voulu voler cet esprit-là au lecteur.
55La fiancée de Lammermoor, miss Ashton. Un homme qui a vécu trouve dans sa mémoire une foule d'exemples d'*amours*, et n'a que l'embarras du choix. Mais, s'il veut écrire, il ne sait plus sur quoi s'appuyer. Les anecdotes des sociétés particulières dans lesquelles il a vécu sont ignorées du public, et il faudrait un nombre de pages immense pour les rapporter avec les nuances nécessaires. C'est pour cela que je cite des romans comme généralement connus, mais je n'appuie point les idées que je soumets au lecteur sur des fictions aussi vides, et calculées la plupart plutôt pour l'effet pittoresque que pour la vérité.
56Tout cela a été écrit à Rome vers 1820.
57Traduit *ad litteram* des Mémoires de Bottmer.
58Plusieurs phrases prises à Crébillon, tome III.
59C'était un mot de Léonore.
60Posen, 1807.
61Voir les voyages de Bougainville, de Cook, etc. Chez quelques animaux, la femelle semble se refuser au moment où elle se donne. C'est à l'anatomie comparée que nous devons demander les plus importantes révélations sur nous-mêmes.
62Fait voir son amour d'une façon nouvelle.
63Voir l'admirable peinture de ces mœurs ennuyeuses à la fin de *Corinne*; et M<sup>me</sup> de Staël a flatté le portrait.
64La Bible et l'aristocratie se vengent cruellement sur les gens qui croient leur devoir tout.
65On me conseille de supprimer ce détail: «Vous me prenez pour une femme bien leste, d'oser conter de telles choses devant moi.»
66La pudeur est une des sources du goût pour la parure; par tel ajustement une femme se promet plus ou moins. C'est ce qui fait que la parure est déplacée dans la vieillesse. Une femme de province, si elle prétend à Paris suivre la mode, se promet d'une manière gauche et qui fait rire. Une provinciale arrivant à Paris doit commencer par se mettre comme si elle avait trente ans.
67Note 65.
68Voir le ton de la société à Genève, surtout dans les familles *du haut*; utilité d'une cour pour corriger par le ridicule la tendance à la pruderie; Duclos faisant des contes à M<sup>me</sup> de Rochefort: «En vérité, vous nous croyez trop honnêtes femmes.» Rien n'est ennuyeux au monde comme la pudeur non sincère.
69Eh! mon cher Fronsac, il y a vingt bouteilles de champagne entre le conte que tu nous commences et ce que nous disons à cette heure.
70C'est l'histoire du tempérament mélancolique comparé au tempérament sanguin. Voyez une femme vertueuse, même de la vertu mercantile de certains dévots (vertueuse moyennant récompense centuple dans un paradis), et un roué de quarante ans blasé. Quoique le Valmont des *Liaisons dangereuses* n'en soit pas encore là, la présidente de Tourvel est plus heureuse que lui tout le long du livre; et, si l'auteur, qui avait tant d'esprit, en eût eu davantage, telle eût été la moralité de son ingénieux roman.
71Le tempérament mélancolique, que l'on peut appeler le tempérament de l'amour. J'ai vu les femmes les plus distinguées et les plus faites pour aimer donner la préférence, faute d'esprit, au prosaïque tempérament sanguin. Histoire d'Alfred, Grande Chartreuse, 1810. Je ne connais pas d'idée qui m'engage plus à voir ce qu'on appelle mauvaise compagnie. (Ici le pauvre Visconti se perd dans les nues) Toutes les femmes sont les mêmes pour le fond des mouvements de cœur et des passions; les *formes* des passions sont différentes. Il y a la différence que donne une plus grande fortune, une plus grande culture de l'esprit, l'habitude de plus hautes pensées, et par-dessus tout, et malheureusement, un orgueil plus irritable. Telle parole qui irrite une princesse ne choque pas le moins du monde une bergère des Alpes. Mais, une fois en colère, la princesse et la bergère ont les mêmes mouvements de passion.
72Mot de M…
73Vol. *Guarna*.
74The heart of Midlothian (tome III).
75La monarchie sans charte et sans chambres.
76Hélas! quand tu seras de retour au monde des vivants, daigne aussi m'accorder un souvenir. Je suis la Pia; Sienne me donna la vie: je trouverai la mort dans nos maremmes. Celui qui en m'épousant m'avait donné son anneau sait mon histoire.
77Je rentre toujours de chez miss Cornel plein d'admiration et de vues profondes sur les passions observées à nu. Sa manière de commander si impérieuse à ses domestiques n'est pas du despotisme; c'est qu'elle voit avec netteté et rapidité ce qu'il faut faire. En colère contre moi au commencement de la visite, elle n'y songe plus à la fin. Elle me conte toute l'économie de sa passion pour Mortimer. «J'aime mieux le voir en société que seul avec moi.» Une femme du plus grand génie ne ferait pas mieux, c'est qu'elle ose être parfaitement *naturelle* et qu'elle n'est gênée par aucune théorie. «Je suis plus heureuse actrice que femme d'un pair.» Grande âme que je dois me conserver amie pour mon instruction.
78La hauteur et le courage dans les petites choses, mais l'attention passionnée aux petites choses; la véhémence du tempérament bilieux. Sa conduite avec M<sup>me</sup> de Monaco (Saint-Simon, N. 383); son aventure sous le lit de M<sup>me</sup> de Montespan, le roi y étant avec elle. Sans l'attention aux petites choses, ce caractère reste invisible aux femmes.
79When Minna Toil heard a tale of woe or of romance, it was then her blood rushed to her cheeks, and shewed plainly how warm it beat notwithstanding the generally serious composed and retiring disposition which her countenance and demeanour seemed to exhibit. (*The Pirate*, I, 33.) Les gens communs trouvent froides les âmes comme Minna Toil, qui ne jugent pas les circonstances ordinaires dignes de leur émotion.
80Marie Stuart parlant de Leicester après l'entrevue avec Élisabeth où elle vient de se perdre.
81On sait assez que cette femme célèbre fit, probablement en société avec M. de la Rochefoucauld, le roman de la *Princesse de Clèves*, et que les deux auteurs passèrent ensemble dans une amitié parfaite les vingt dernières années de leur vie. C'est exactement l'amour à l'italienne.
82*Sotto l'usbergo del sentirsi pura.* Dante, *Inf.*, XXVIII, 117.
83C'est une chose que j'ai souvent cru voir dans l'amour, que cette disposition à tirer plus de malheur des choses malheureuses que de bonheur des choses heureuses.
84Don Carlos, Saint-Preux, l'Hippolyte et le Bajazet de Racine.
85Mordaunt Merton, I<sup>er</sup> vol. du *Pirate*.
86Puisque j'ai nommé le Corrège, je dirai qu'on trouve dans une tête d'ange ébauchée, à la tribune de la galerie de Florence, le regard de l'amour heureux; et à Parme, dans la Madone couronnée par Jésus, les yeux baissés de l'amour.
87*Come what sorrow can,*
88Peu de jours avant le dernier, il fit une petite ode qui a le mérite d'exprimer juste les sentiments dont il nous entretenait:
89Pauvre malheureux! combien de doux pensers et quel désir constant le conduisirent à sa dernière heure. Sa figure était belle et douce, sa chevelure blonde, seulement une noble cicatrice venait couper un de ses sourcils.
90*Vie de Haydn.*
9120 septembre 1811.
92A la première querelle, M<sup>me</sup> Ivernetta donna son congé au pauvre Bariac. Bariac était véritablement amoureux, ce congé le désespéra; mais son ami Guillaume Balaon, dont nous écrivons la vie, lui fut d'un grand secours, et fit si bien qu'il apaisa la sévère Ivernetta. La paix se fit, et la réconciliation fut accompagnée de circonstances si délicieuses que Bariac jura à Balaon que le moment des premières faveurs qu'il avait obtenues de sa maîtresse n'avait pas été si doux que celui de ce voluptueux raccommodement. Ce discours tourna la tête à Balaon, il voulut éprouver ce plaisir que son ami venait de lui écrire, etc., etc. *Vie de quelques troubadours*, par Nivernois, t. I, p. 32.
93C'est ce genre de timidité qui est décisif, et qui prouve un amour-passion dans un homme d'esprit.
94On rappelle que si l'auteur emploie quelquefois la tournure du *je*, c'est pour essayer de jeter quelque variété dans la forme de cet essai. Il n'a nullement la prétention d'entretenir ses lecteurs de ses propres sentiments. Il cherche à faire part avec le moins de monotonie qu'il lui soit possible de ce qu'il a observé chez autrui.
95A se placer exactement dans les mêmes actions.
96Hæc autem ad acerbam rei memoriam, amara quadam dulcedine, scribere visum est… ut cogitem nihil esse debere quod amplius mihi placeat in hac vita.
97Venise, 1819.
98Mémoires de M<sup>me</sup> d'Épinay, Geliotte. Prague, Klagenfurth, toute la Moravie, etc., etc. Les femmes y sont fort spirituelles, et les hommes de grands chasseurs. L'amitié y est fort commune entre femmes. Le beau temps du pays est l'hiver: on fait successivement des parties de chasse de quinze à vingt jours chez les grands seigneurs de la province. Un des plus spirituels me disait un jour que Charles-Quint avait régné légitimement sur toute l'Italie, et que, par conséquent, c'était bien en vain que les Italiens voudraient se révolter. La femme de ce brave homme lisait les lettres de M<sup>lle</sup> de Lespinasse.
99Grande question. Il me semble qu'outre l'éducation qui commence à huit ou dix mois, il y a un peu d'instinct.
100Le dialecte vénitien a des descriptions de l'amour physique d'une vivacité qui laisse à mille lieues Horace, Properce, la Fontaine et tous les poètes. M. Burati, de Venise, est en ce moment le premier poète satirique de notre triste Europe. Il excelle surtout dans la description du physique grotesque de ses héros, aussi le met-on souvent en prison. Voir l'*Elefantéide*, l'*Uomo*, la *Strefeide*.
101Voilà une folie de l'amour; cette perfection que vous voyez n'en est pas une pour lui.
102Montagnola, 13 avril 1819.
103La princesse de Tarente, nouvelle de Scarron.
104Comme dans le *Curieux impertinent*, nouvelle de Cervantès.
105Des bagatelles légères comme l'air semblent à un jaloux des preuves aussi fortes que celles qu'on puise dans les promesses du saint Évangile.
106On devrait établir à Philadelphie une académie qui s'occuperait de recueillir des matériaux pour l'étude de l'homme dans l'état sauvage, et ne pas attendre que ces peuplades curieuses soient anéanties. Je sais bien que de telles académies existent; mais apparemment avec des règlements dignes de nos académies d'Europe (Mémoire et discussion sur le Zodiaque de Dendérah à l'Académie des sciences de Paris, en 1281). Je vois que l'académie de Massachusetts, je crois, charge prudemment un membre du clergé (M. Jarvis) de faire un rapport sur la religion des sauvages. Le prêtre ne manque pas de réfuter de toutes ses forces un Français impie nommé Volney. Suivant le prêtre, les sauvages ont les idées les plus exactes et les plus nobles de la Divinité, etc. S'il habitait l'Angleterre, un tel rapport vaudrait au digne académicien un *preferment* de trois ou quatre cents louis, et la protection de tous les nobles lords du canton. Mais en Amérique! Au reste, le ridicule de cette académie me rappelle que les libres Américains attachent le plus grand prix à voir de belles armoiries peintes aux panneaux de leurs voitures; ce qui les afflige, c'est que par le peu d'instruction de leurs peintres de carrosse, il y a souvent des fautes de blason.
107On compare la branche d'arbre garnie de diamants à la branche d'arbre effeuillée, et les contrastes rendent les souvenirs plus vifs.
108Exemple, l'amour d'Alfieri pour cette grande dame anglaise (milady Ligonier), qui faisait aussi l'amour avec son laquais, et qui signait plaisamment *Pénélope*. Vita, 2.
109Ce mépris est une des grandes causes du suicide; on se tue pour se faire réparation d'honneur.
110Pensée 495. On aura reconnu, sans que je l'aie marqué à chaque fois, plusieurs autres pensées d'écrivains célèbres. C'est de l'histoire que je cherche à écrire et de telles pensées sont des faits.
111Je sais que ce mot n'est pas trop français en ce sens, mais je ne trouve pas à le remplacer. En italien *puntiglio*, en anglais *pique*.
112Les trois quarts des grands seigneurs français, vers 1778, auraient été dans le cas d'être r de j, dans un pays où les lois auraient été exécutées sans acception de personnes.
113Comme ils se font la police les uns sur les autres, par envie, pour ce qui regarde l'amour, il y a moins d'amour en province et plus de libertinage. L'Italie est plus heureuse.
114Il y a chaque année plusieurs exemples de femmes abandonnées aussi vilainement, et je pardonne la défiance aux femmes honnêtes.—Mirabeau, *Lettres à Sophie*. L'opinion est sans force dans les pays despotiques, il n'y a de réel que l'amitié du pacha.
115Livourne, 1819.
116Voir les confessions d'un homme singulier (conte de mistress Opie).
117Lettres de M<sup>me</sup> du Deffant, Mémoires de Lauzun.
118Volney, *Tableau des États-Unis d'Amérique*, p. 491-496.
119Un être accoutumé à un tel spectacle, et qui se sent exposé à en être le héros, peut n'être attentif qu'à la grandeur d'âme, et alors ce spectacle est le plus intime et le premier des plaisirs non actifs.
120Mémoires de M<sup>me</sup> d'Épinay, je crois, ou de Marmontel.
121Quoi qu'en disent certains ministres hypocrites, le pouvoir est le premier des plaisirs. Il me semble que l'amour seul peut l'emporter, et l'amour est une maladie heureuse qu'on ne peut se procurer comme un ministère.
122Le danger de Henri Morton, dans la Clyde.
123Du trop vanté lord Byron.
124Uniquement pour abréger, et en demandant pardon du mot nouveau.
125M<sup>me</sup> Dornal et Serigny. Confessions du comte * de Duclos. Voir la note 59; mort du général Abdhallah, à Bologne.
126J'ai pleuré presque tous les jours (Précieuses paroles du 10 juin).
127Salviati.
128Voir Cabanis, influence du physique, etc.
129Les souliers sans rubans du ministre Roland: «Ah! Monsieur, tout est perdu», répond Dumourier. A la séance royale, le président de l'assemblée croise les jambes.
130On ne se sera que trop aperçu que ce traité est fait de morceaux écrits à mesure que Lisio Visconti voyait les anecdotes se passer sous ses yeux, dans ses voyages. L'on trouve toutes ces anecdotes contées au long dans le journal de sa vie; peut-être aurais-je dû les insérer, mais on les eût trouvées peu convenables. Les notes les plus anciennes portent la date de Berlin, 1807, et les dernières sont de quelques jours avant sa mort, juin 1819. Quelques dates ont été altérées exprès pour n'être pas indiscret; mais à cela se bornent tous mes changements: je ne me suis pas cru autorisé à refondre le style. Ce livre a été écrit en cent lieux divers, puisse-t-il être lu de même.
131Historique. Plusieurs, quoique fort curieux, sont choqués d'apprendre des nouvelles: ils redoutent de paraître inférieurs à celui qui les leur conte.
132Mémoires de M. Réalier-Dumas. La Corse, qui, par sa population, cent quatre-vingt mille âmes, ne formerait pas la moitié de la plupart des départements français, a donné, dans ces derniers temps, Salliceti, Pozzo-di-Borgo, le général Sébastiani, Cervioni, Abbatucci, Lucien et Napoléon Bonaparte, Arena. Le département du Nord, qui a neuf cent mille habitants, est loin d'une pareille liste. C'est qu'en Corse chacun, en sortant de chez soi, peut rencontrer un coup de fusil; et le Corse, au lieu de se soumettre en vrai chrétien, cherche à se défendre et surtout à se venger. Voilà comment se fabriquent les âmes à la Napoléon. Il y a loin de là à un palais garni de menins et de chambellans, et à Fénelon obligé de raisonner son respect pour *monseigneur*, parlant à monseigneur lui-même âgé de douze ans. Voir les ouvrages de ce grand écrivain.
133A Paris, pour être bien, il faut faire attention à un million de petites choses. Cependant voici une objection très forte. L'on compte beaucoup plus de femmes qui se tuent par amour, à Paris, que dans toutes les villes d'Italie ensemble. Ce fait m'embarrasse beaucoup; je ne sais qu'y répondre pour le moment, mais il ne change pas mon opinion. Peut-être que la mort paraît peu de chose dans ce moment aux Français, tant la vie ultra civilisée est ennuyeuse, ou plutôt, on se brûle la cervelle, outré d'un malheur de vanité.
134J'admire les mœurs du temps de Louis XIV: on passait sans cesse et en trois jours des salons de Marly aux champs de bataille de Senef et de Ramillies. Les épouses, les mères, les amantes, étaient dans des transes continuelles. Voir les Lettres de M<sup>me</sup> de Sévigné. La présence du danger avait conservé dans la langue une énergie et une franchise que nous n'oserions plus hasarder aujourd'hui; mais aussi M. de Lameth tuait l'amant de sa femme. Si un Walter Scott nous faisait un roman du temps de Louis XIV, nous serions bien étonnés.
135Les écrivains les plus graves croient, en Angleterre, se donner un air cavalier en citant des mots français qui, la plupart, n'ont jamais été français que dans les grammaires anglaises. Voir les rédacteurs de l'*Edinburgh-Review*; voir les Mémoires de la comtesse de Lichtnau, maîtresse de l'avant-dernier roi de Prusse.
136L'admiration de mode, comme Hume vers 1775, ou Franklin en 1784, ne fait pas objection.
137Voyage en Espagne de M. Semple; il peint vrai, et l'on trouvera une description de la bataille de Trafalgar, entendue dans le lointain, qui laisse un souvenir.
138Correspondance de Grimm, janvier 1783. «M. le comte de N*, capitaine en survivance des gardes de Monsieur, piqué de ne plus trouver de place au balcon, le jour de l'ouverture de la nouvelle salle, s'avisa fort mal à propos de disputer la sienne à un honnête procureur; celui-ci, maître Pernot, ne voulut jamais désemparer.—Vous prenez ma place.—Je garde la mienne.—Et qui êtes-vous?—Je suis monsieur six francs… (c'est le prix de ces places). Et puis des mots plus vifs, des injures, des coups de coude. Le comte de N* poussa l'indiscrétion au point de traiter le pauvre robin de voleur, et prit enfin sur lui d'ordonner au sergent de service de s'assurer de sa personne et de le conduire au corps de garde. Maître Pernot s'y rendit avec beaucoup de dignité, et n'en sortit que pour aller déposer sa plainte chez un commissaire. Le redoutable corps dont il a l'honneur d'être membre n'a jamais voulu consentir qu'il s'en désistât. L'affaire vient d'être jugée au parlement. M. de * a été condamné à tous les dépens, à faire réparation au procureur, à lui payer deux mille écus de dommages et intérêts, applicables, de son consentement, aux pauvres prisonniers de la Conciergerie; de plus, il est enjoint très expressément audit comte de ne plus prétexter des ordres du roi pour troubler le spectacle, etc. Cette aventure a fait beaucoup de bruit, il s'y est mêlé de grands intérêts: toute la robe a cru être insultée par l'outrage fait à un homme de sa livrée, etc. M. de *, pour faire oublier son aventure, est allé chercher des lauriers au camp de Saint-Roch. Il ne pouvait mieux faire, a-t-on dit, car on ne peut douter de son talent pour emporter les places de haute lutte.» Supposez un philosophe obscur au lieu de maître Pernot. Utilité du duel. Grimm, troisième partie, tome II, p. 102. Voir plus loin, p. 496, une lettre assez raisonnable de Beaumarchais, qui refuse une loge grillée qu'un de ses amis lui demandait pour *Figaro*. Tant qu'on a cru que cette réponse s'adressait à un duc, la fermentation a été grande, et l'on parlait de punitions graves. On n'a plus fait qu'en rire quand Beaumarchais a déclaré que sa lettre était adressée à M. le président du Paty. Il y a loin de 1785 à 1822! Nous ne comprenons plus ces sentiments. Et l'on veut que la même tragédie qui touchait ces gens-là soit bonne pour nous!
139G. Pechio nelle sue vivacissime lettere ad una bella giovane Inglese sopra la Spagna libera, laquale è un medio-evo, non redidivo, ma sempre vivo dice, pagina 60: «Lo scopo degli Spagnuoli non era la gloria, ma la indipendenza. Se gli Spagnuoli non si fossero battuti che per l'onore, la guerra era finita colla bataglia di Tudela. L'onore è di una natura bizarra, macchiato una volta, perde tutta la forza per agire… L'esercito di linea spagnuolo imbevuto anch' egli, dei pregiudizj d'ell onore (vale a dire fatto Europeo moderno) vinto che fosse si sbandava col pensiero che tutto coll' *onore* era perduto, etc.»
140Un homme s'honore, en 1620, en disant sans cesse, et le plus servilement qu'il peut: *Le roi mon maître* (voir les mémoires de Noailles, de Torcy et de tous les ambassadeurs de Louis XIV); c'est tout simple: par ce tour de phrase, il proclame le *rang* qu'il occupe parmi les sujets. Ce rang qu'il tient du roi remplace, dans l'attention et dans l'estime de ces hommes, le rang qu'il tenait dans la Rome antique de l'opinion de ses concitoyens qui l'avaient vu combattre à Trasimène et parler au Forum. On bat en brèche la monarchie absolue en ruinant la *vanité* et ses ouvrages avancés qu'elle appelle les *convenances*. La dispute entre Shakespeare et Racine n'est qu'une des formes de la dispute entre Louis XIV et la Charte.
141On ne peut l'évaluer que sur les actions non réfléchies.
142Miss O'Neil, Mrs Couts, et la plupart des grandes actrices anglaises quittent le théâtre pour se marier richement.
143On passe la galanterie aux femmes, mais l'amour leur donne du ridicule, écrivait le judicieux abbé Girard, à Paris, en 1740.
144Je n'en veux pour preuve que l'*envie*. Voir l'*Edinburg-Review* de 1821; voir les journaux littéraires allemands et italiens, et le *Scimiatigre* d'Alfieri.
14530 septembre 1819.
146Outre que l'auteur avait le malheur de n'être pas né à Paris, il y avait très peu vécu.
147Tibul., I, IV.
148Voir dans les mœurs du siècle de Louis XV l'honneur et l'aristocratie combler de profusions les demoiselles Duthé, la Guerre et autres. Quatre-vingt ou cent mille francs par an n'avaient rien d'extraordinaire: un homme du grand monde se fût avili à moins.
149Cet usage commence à tomber un peu dans la très bonne compagnie, qui se francise comme partout; mais je parle de l'immense généralité.
150Voir Richardson. Les mœurs de la famille des Harlowe, traduites en manières modernes, sont fréquentes en Angleterre: leurs domestiques valent mieux qu'eux.
151Le jeune enfant de Spencer brûlé vif en Irlande.
152Réfuter autrement que par des injures le portrait d'une certaine classe d'Anglais présenté dans ces trois ouvrages, me semble la chose impossible.
153J'appelle *mal moral*, en 1822, tout gouvernement qui n'a pas les deux chambres; il n'y a d'exception que lorsque le chef du gouvernement est grand par la probité, miracle qui se voit en Saxe et à Naples.
154Voir dans le procès de la feue reine d'Angleterre une liste curieuse des pairs avec les sommes qu'eux et leurs familles reçoivent de l'État. Par exemple, lord Lauderdale et sa famille, 36,000 louis. Le demi-pot de bière nécessaire à la chétive subsistance du plus pauvre Anglais paye un sou d'impôt au profit du noble pair. Et, ce qui fait beaucoup à notre objet, ils le savent tous les deux. Dès lors, ni le lord, ni le paysan n'ont plus assez de loisir pour songer à l'amour; ils aiguisent leurs armes, l'un en public et avec orgueil, l'autre en secret et avec rage (L'Yeomanry et les Whiteboys).
155Plunkell Craig, *Vie de Curran*.
156Degré de civilisation du paysan Robert Burns et de sa famille; club de paysans où l'on payait deux sous par séance; questions qu'on y discutait. (Voir les Lettres de Burns).
157Le même fait en Amérique. En Écosse, étalage des titres.
158Voir les charmantes Lettres de M. Pecchio. L'Italie est pleine de gens de cette force; mais, au lieu de se produire, ils se tiennent tranquilles: *Paese della virtu sconosciuta*.
159Voir les *Mémoires de la margrave de Bareuth*, et *Vingt ans de séjour à Berlin*, par M. Thiébaut.
160Voir en 1821 leur enthousiasme pour la tragédie du *Triomphe de la croix*, qui fait oublier *Guillaume Tell*.
161J'ai eu le bonheur de rencontrer un homme de l'esprit le plus vif et en même temps savant comme dix savants allemands, et exposant ce qu'il a découvert en termes clairs et précis. Si jamais M. F… imprime, nous verrons le moyen âge sortir brillant de lumière à nos yeux, et nous l'aimerons.
162Titre d'un des romans d'Auguste la Fontaine, la *Vie paisible*, autre grand trait des mœurs allemandes, c'est le *farniente* de l'Italien, c'est la critique physiologique du *droski* russe ou du *horseback* anglais.
163De ce Paris qui a donné au monde Voltaire, Molière et tant d'hommes distingués par l'esprit; mais l'on ne peut pas tout avoir, et il y aurait peu d'esprit à en prendre de l'humeur.
164Cette habitude des Français, diminuant tous les jours, éloignera de nous les héros de Molière.
165Toutes les infractions à cet honneur sont *ridicules* dans les sociétés bourgeoises en France. (Voir la *Petite Ville*, de M. Picard.)
166Voir l'excellente et curieuse *Histoire de l'Église*, par M. de Potter.
1671822.
168Vers 1780, la maxime était:
169Voir les mœurs des îles Açores: l'amour de Dieu et l'autre amour y occupent tous les instants. La religion chrétienne, interprétée par les jésuites, est beaucoup moins ennemie de l'homme, en ce sens, que le protestantisme anglais; elle permet au moins de danser le dimanche; et un jour de plaisir sur sept, c'est beaucoup pour le cultivateur, qui travaille assidûment les six autres.
170Mémoires de la vie de Chabanon, écrits par lui-même. Les coups de canne au plafond.
171Principe ascétique de Jérémie Bentham.
172Il faut avoir entendu parler l'aimable général Laclos, Naples, 1802. Si l'on n'a pas eu ce bonheur, l'on peut ouvrir la *Vie privée du maréchal de Richelieu*, neuf volumes bien plaisamment rédigés.
173Née à Narbonne; mélange de latin et d'arabe.
174Voir l'*État de la puissance militaire de la Russie*, véridique ouvrage du général sir Robert Wilson.
175Le manuscrit est à la bibliothèque Laurentiana. M. Raynouard le rapporte au tome V de ses *Troubadours*, page 189. Il y a plusieurs fautes dans son texte; il a trop loué et trop peu connu les troubadours.
176Faire.
177Il inventait les airs et les paroles.
178A far all' amore.
179On traduit mot à mot les vers provençaux cités par Guillaume.
180*En*, manière de parler parmi les Provençaux, que nous traduisons par le *sire*.
181900 ans avant Jésus-Christ.
1821095.
183Mœurs de Constantinople. La seule manière de tuer l'amour-passion est d'empêcher toute cristallisation par la facilité.
184Il y a un fort grand nombre de manuscrits arabes à Paris. Ceux des temps postérieurs ont de l'affectation, mais jamais aucune imitation des Grecs ou des Romains; c'est ce qui les fait mépriser des savants.
185Cet Arouâ-Ben-Hezam était de la tribu de Azra dont il vient d'être fait mention. Il est célèbre comme poète, et plus célèbre encore comme un des nombreux martyrs de l'amour que les Arabes comptent parmi eux.
186Ces fragments sont extraits de divers chapitres du recueil cité. Les trois marqués d'une * sont tirés du dernier chapitre, qui est une biographie très sommaire d'un assez grand nombre d'Arabes martyrs de l'amour.
187Je regrette de ne pas trouver dans le manuscrit italien la citation de la source officielle de ce fait; je désire que l'on puisse le démentir.
188Mémoires de M<sup>me</sup> de Staël, de Collé, de Duclos, de la margrave de Bayreuth.
189Premier volume.
190Voir les Mémoires de ces femmes admirables. J'aurais d'autres noms à citer, mais ils sont inconnus du public, et d'ailleurs on ne peut pas même indiquer le mérite vivant.
191Voir mistress Hutchinson refusant d'être utile à sa famille et à son mari qu'elle adorait, en trahissant quelques régicides auprès des ministres du parjure Charles II (tome II, page 284).
192C'est ce qui me fait espérer beaucoup de la génération naissante des privilégiés. J'espère aussi que les maris qui liront ce chapitre seront moins despotes pendant trois jours.
193Le contraire de ce proverbe est vrai en Italie, où les plus belles voix se trouvent parmi les amateurs étrangers au théâtre.
194Éducation donnée à M<sup>me</sup> d'Épinay (Mémoires, tome I).
195J'excepte l'éducation des manières; on entre mieux dans un salon rue Verte que rue Saint-Martin.
196Tu es Petrus, et super hanc petram Ædificabo Ecclesiam meam. (Voir M. de Potter, *Histoire de l'Église*.)
197La religion est une affaire entre chaque homme et la Divinité. De quel droit venez-vous vous placer entre mon Dieu et moi? Je ne prends de procureur fondé par le contrat social que pour les choses que je ne puis pas faire moi-même. Pourquoi un Français ne payerait-il pas son p* comme son boulanger? Si nous avons du bon pain à Paris, c'est que l'État ne s'est pas encore avisé de déclarer gratuite la fourniture du pain et de mettre tous les boulangers à la charge du trésor. Aux États-Unis, chacun paye son prêtre, ces messieurs sont obligés d'avoir du mérite, et mon voisin ne s'avise pas de mettre son bonheur à m'imposer son prêtre (Lettre de Birkbeck). Que sera-ce si j'ai la conviction, comme nos p…s, que mon prêtre est l'allié intime de mon é…? Donc, à moins d'un Luther, il n'y aura plus de catholicisme en F… en 1850. Cette religion ne pouvait être sauvée, en 1820, que par M. Grégoire: voyez comme on le traite.
198Voir les généraux en 1795.
199Sous le rapport des arts, c'est là le grand défaut d'un gouvernement raisonnable, et aussi le seul éloge raisonnable de la monarchie à la Louis XIV. Voir la stérilité littéraire de l'Amérique. Pas une seule romance comme celles de Robert Burns ou des Espagnols du XIII<sup>e</sup> siècle<sup>200</sup>.
200Voir les admirables romances des Grecs modernes, celles des Espagnols et des Danois du XIII<sup>e</sup> siècle, et encore mieux les poésies arabes du VII<sup>e</sup> siècle.
201Mon cher élève, monsieur votre père a de la tendresse pour vous; c'est ce qui fait qu'il me donne quarante francs par mois pour que je vous apprenne les mathématiques, le dessin, en un mot à gagner de quoi vivre. Si vous aviez froid faute d'un petit manteau, monsieur votre père souffrirait. Il souffrirait parce qu'il a de la sympathie, etc., etc. Mais, quand vous aurez dix-huit ans, il faudra que vous gagniez vous-même l'argent nécessaire pour acheter ce manteau. Monsieur votre père a, dit-on, vingt-cinq mille livres de rente, mais vous êtes quatre enfants; donc il faudra vous déshabituer de la voiture dont vous jouissez chez monsieur votre père, etc., etc.
202Hier soir, j'ai vu deux charmantes petites filles de quatre ans chanter des chansons d'amour fort vives dans une escarpolette que je faisais aller. Les femmes de chambre leur apprennent ces chansons, et leur mère leur dit qu'*amour* et *amant* sont des mots vides de sens.
203Anzi certamente. Coll'amore uno non trova gusto a bevere acqua altra che quella di questo fonte prediletto. Resta naturale allora la fedeltà. Coll matrimonio senza amore, in men di due anni l'acqua di questo fonte diventa amara. Esiste sempre pero in natura il bisogno d'acqua. I costumi fanno superare la natura, ma solamente quando si puo vincerla in un instante: la moglie indiana che si abruccia (21 octobre 1821) dopo la morte del vecchio marito che odiava, la ragazza europea che trucida barbaramente il tenero bambino al quale testè diede vita. Senza l'altissimo muro dell monistero le monache anderebbero via.
204Même les minuties, tout chez nous est comique en ce qui concerne l'éducation des femmes. Par exemple, en 1820, sous le règne de ces mêmes nobles qui ont proscrit le divorce, le ministère envoie à la ville de Laon un buste et une statue de Gabrielle d'Estrées. La statue sera placée sur la place publique, apparemment pour répandre parmi les jeunes filles l'amour des Bourbons, et les engager, en cas de besoin, à n'être pas cruelles aux rois aimables, et à donner des rejetons à cette illustre famille. Mais, en revanche, le même ministère refuse à la ville de Laon le buste du maréchal Serrurier, brave homme qui n'était pas galant, et qui de plus avait grossièrement commencé sa carrière par le métier de simple soldat. (Discours du général Foy, *Courrier* du 17 juin 1820. Dulaure, dans sa curieuse *Histoire de Paris*, article: *Amours de Henri IV*.)
205Mémoires de M<sup>me</sup> Roland. M. Grangeneuve qui va se promener à huit heures dans une certaine rue pour se faire tuer par le capucin Chabot. On croyait une mort utile à la cause de la liberté.
206L'auteur avait lu un chapitre intitulé *dell' Amore*, dans la traduction italienne de l'idéologie de M. de Tracy. Le lecteur trouvera dans ce chapitre des idées d'une bien autre portée philosophique que tout ce qu'il peut rencontrer ici.
207*Principes philosophiques du colonel Weiss*, septième édition, tome II, page 245.
208Je suis heureux de pouvoir dire avec les paroles d'un autre des faits extraordinaires que j'ai eu l'occasion d'observer. Certainement sans M. de Weiss je n'eusse pas rapporté ce trait de mœurs. J'en ai omis d'aussi caractéristiques à Valence et à Vienne.
209L'*Examiner*, journal anglais, en rendant compte du procès de la reine (n<sup>o</sup> 662. du 3 septembre 1820), ajoute: «We have a system of sexual morality, under which thousands of women become mercenary prostitutes whom virtuous women are taught to scorn, while virtuous men retain the privilege of frequenting those very women, without its being regarded as any thing more than a venial offence.» Il y a une noble hardiesse dans le pays du *Cant* à oser exprimer, sur cet objet une vérité, quelque triviale et palpable qu'elle soit; cela est encore plus méritoire à un pauvre journal qui ne peut espérer de succès qu'en étant acheté par les gens riches, lesquels regardent les évêques et la Bible comme l'unique sauvegarde de leurs belles livrées.
210M<sup>me</sup> de Sévigné écrivait à sa fille, le 23 décembre 1671: «Je ne sais si vous avez appris que Villarceaux, en parlant au roi d'une charge pour son fils, prit habilement l'occasion de lui dire qu'il y avait des gens qui se mêlaient de dire à sa nièce (M<sup>lle</sup> de Rouxel), que Sa Majesté avait quelque dessein pour elle; que si cela était, il le suppliait de se servir de lui, que l'affaire serait mieux entre ses mains que dans celles des autres, et qu'il s'y emploierait avec succès. Le roi se mit à rire, et dit: *Villarceaux, nous sommes trop vieux, vous et moi, pour attaquer des demoiselles de quinze ans*. Et comme un galant homme se moqua de lui et conta ce discours chez les dames (Tome II, page 340). Mémoires de Lauzun, de Bezenval, de M<sup>me</sup> d'Épinay, etc., etc. Je supplie qu'on ne me condamne pas tout à fait sans relire ces mémoires.
211Premier volume de la *Nouvelle Héloïse*, et tous les volumes, si Saint-Preux se fût trouvé avoir l'ombre du caractère; mais c'était un vrai poète, un bavard sans résolution, qui n'avait du cœur qu'après avoir péroré, d'ailleurs homme fort plat. Ces gens-là ont l'immense avantage de ne pas choquer l'orgueil féminin, et de ne jamais donner d'*étonnement* à leur amie. Qu'on pèse ce mot; c'est peut-être là tout le secret du succès des hommes plats auprès des femmes distinguées. Cependant l'amour n'est pas une passion qu'autant qu'il fait oublier l'amour-propre. Elles ne sentent donc pas complètement l'amour, les femmes qui, comme L.., lui demandent les plaisirs de l'orgueil. Sans s'en douter, elles sont à la même hauteur que l'homme prosaïque, objet de leur mépris, qui cherche dans l'amour, l'amour et la vanité. Elles, elles veulent l'amour et l'orgueil; mais l'amour se retire la rougeur sur le front; c'est le plus orgueilleux des despotes: ou il est tout, ou il n'est rien.
212Voir une page d'André Chénier, *Œuvres*, page 370; ou bien ouvrir les yeux dans le monde, ce qui est plus difficile. «En général, ceux que nous appelons patriciens sont plus éloignés que les autres hommes de rien aimer», dit l'empereur Marc-Aurèle. (*Pensées*, page 50.)
213Comparez *Lovelace* à *Tom Jones*.
214Voir la *Vie privée du duc de Richelieu*, 9 volumes in-8<sup>o</sup>. Pourquoi, au moment où un assassin tue un homme, ne tombe-t-il pas mort aux pieds de sa victime? Pourquoi les maladies? et, s'il y a des maladies, pourquoi un Troistaillons ne meurt-il pas de la colique? Pourquoi Henri IV règne-t-il vingt et un ans, et Louis XV cinquante-neuf? Pourquoi la durée de la vie n'est-elle pas en proportion exacte avec le degré de vertu de chaque homme? Et autres questions *infâmes*, diront les philosophes anglais, qu'il n'y a assurément aucun mérite à poser, mais auxquelles il y aurait quelque mérite à répondre autrement que par des injures et du *cant*.
215Voir Néron après le meurtre de sa mère, dans Suétone; et cependant de quelles belles masses de flatterie n'était-il pas environné?
216La cruauté n'est qu'une sympathie souffrante. Le *pouvoir* n'est le premier des bonheurs, après l'amour, que parce que l'on croît être en état de *commander la sympathie*.
217Si l'on peint aux yeux du spectateur le sentiment de la vertu à côté du sentiment de l'amour, on se trouve avoir représenté un cœur partagé entre deux sentiments. La vertu dans les romans n'est bonne qu'à sacrifier. Julie d'Étanges.
218Voir Saint-Simon, fausse couche de M<sup>me</sup> la duchesse de Bourgogne, et M<sup>me</sup> de Motteville, *passim*. Cette princesse, qui s'étonnait que les autres femmes eussent cinq doigts à la main comme elle; ce duc d'Orléans, Gaston, frère de Louis XIII, trouvant si simple que ses favoris allassent à l'échafaud pour lui faire plaisir. Voyez, en 1820, ces messieurs mettre en avant une loi d'élection qui peut ramener les Robespierre en France, etc., etc.; voyez Naples en 1799. (Je laisse cette note écrite en 1820. Liste des grands seigneurs de 1778 avec des notes sur leur moralité, données par le général Laclos, vue à Naples, chez le marquis Berio; manuscrit de plus de trois cents pages bien scandaleux.)
219Le caractère du jeune privilégié, en 1822, est assez correctement représenté par le brave Bothwell, d'*Old Mortality*.
220Voir les Mémoires de Retz, et le mauvais moment qu'il fit passer au coadjuteur, entre deux portes, au Parlement.
221Vol. 1819. Les Chèvrefeuilles à la descente.
222Voir les Mémoires de Collé; sa femme.
223Les physiologistes qui connaissent les organes vous disent: «L'injustice, dans les relations de la vie sociale, produit sécheresse, défiance et malheur.»
224Dulaure, *Histoire de Paris*. Scène muette dans l'appartement de la reine, le soir de la fête de la princesse de Condé; les ministres collés contre les murs et silencieux; le roi se promenant à grands pas.
225Pour l'état actuel des mœurs anglaises, voir la *Vie de M. Beattie*, écrite par un ami intime. On sera édifié de l'humilité profonde de M. Beattie recevant dix guinées d'une vieille marquise pour calomnier Hume. L'aristocratie tremblante s'appuie sur des évêques à 200 000 livres de rente, et paye en argent ou en considération des écrivains, *prétendus libéraux*, pour dire des injures à Chénier (*Edinburg-Review*, 1821). Le *cant* le plus dégoûtant pénètre partout. Tout ce qui n'est pas peinture de sentiments sauvages et énergiques en est étouffé; impossible d'écrire une page gaie en anglais.
226A l'*Ave Maria*.
227Mémoires de Marmontel, conversation de Montesquieu.
228On a supprimé ici un passage qui se trouve déjà dans le chapitre LX.
229Torva leœna lupum sequitur, lupus ipse capellam;
230Voir le *regard* de Didon, dans la superbe esquisse de M. Guérin au Luxembourg.
231Tout ce qu'il y a de beau au monde était devenu partie de la beauté de la femme que vous aimez, vous vous trouvez disposé à faire tout ce qu'il y a de beau au monde.
232Guinguené, *Histoire littéraire de l'Italie*, vol. II, page 490.
233Voyage du président de Brosses en Italie, voyage d'Eustace, de Sharp, de Smolett.
234M. de Francueil, quand il portait trop de poudre. Mémoires de M<sup>me</sup> d'Épinay.
235Voir l'analyse du *principe ascétique*, Bentham, *Traité de législation*, tome I. On fait plaisir à un être *bon* en se faisant souffrir.
236Voir les romances espagnoles et danoises du XIII<sup>e</sup> siècle; elles paraîtraient plates ou grossières au goût français.
237Grimm, tome III, page 107.
238Maupertuis.
239Vers 1580, les Espagnols, hors de chez eux, n'étaient que des agents énergiques de despotisme, ou des joueurs de guitare sous les fenêtres des belles Italiennes. Les Espagnols passaient alors en Italie comme aujourd'hui l'on vient à Paris; du reste, ils ne mettaient leur orgueil qu'à faire triompher le roi, *leur maître*. Ils ont perdu l'Italie, et l'ont perdue en l'avilissant. En 1626, le grand poète Calderon était officier à Milan.
240Voir la *Vie de saint Charles Borromée*, qui changea Milan et l'avilit. Il fit déserter les salles d'armes et aller au chapelet. Merveilles tue Castiglione, 1533.
241Il paraît qu'il s'agit de M<sup>lle</sup> Gromaire, fille de M. Gromaire, expéditionnaire en cour de Rome.
242Mémoires, page 88, édition de Londres.
243Traduit d'un manuscrit provençal du XIII<sup>e</sup> siècle.
244From december 27, 1819 till the 3 june 1820, Mil.
245André le chapelain, Nostradamus, Raynouard, Crescimbeni, d'Aretin.
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247Nostradamus, page 131.
248I. Causa conjugii ab amore non est excusatio recta. II. Qui non celat amare non potest. III. Nemo duplici potest amore ligari. IV. Semper amorem minui vel crescere constat. V. Non est sapidum quod amans ab invito sumit amante. VI. Masculus non solet nisi in plena pubertate amare. VII. Biennalis viduitas pro amante defuncto superstiti præscribitur amanti. VIII. Nemo, sine rationis excessu, suo debet amore privari. IX. Amare nemo potest, nisi qui amoris suasione compellitur. X. Amor semper ab avaritia consuevit domicilus exulare. XI. Non decet amare quarum pudor est nuptias affectare. XII. Verus amans alterius nisi suæ coamantis ex affectu non cupit amplexus. XIII. Amor raro consuevit durare vulgatus. XIV. Facilis perceptio contemptibilem reddit amorem, difficilis eum parum facit haberi. XV. Omnis consuevit amans in coamantis aspectu pallescere. XVI. In repentina coamantis visione, cor tremescit amantis. XVII. Novus amor veterem compellit abire. XVIII. Probitas sola quemcumque dignum facit amore. XIX. Si amor minuatur, cito deficit et raro convalescit. XX. Amorosus semper est timorosus. XXI. Ex vera zelotypia affectus semper crescit amandi. XXII. De coamante suspicione percepta zelus interea et affectus crescit amandi. XXIII. Minus dormit et edit quem amoris cogitatio vexat. XXIV. Quilibet amantis actus in coamantis cogitatione finitur. XXV. Verus amans nihil beatum credit, nisi quod cogitat amanti placere. XXVI. Amor nihil posset amori denegare. XXVII. Amans coamantis solatus satiari non potest. XXVIII. Modica præsumptio cogit amantem de coamante suspicari sinistra. XXIX. Non solet amare quem nimia voluptatis abundantia vexat. XXX. Verus amans assidua, sine intermissione, coamantis imagine detinetur. XXXI. Unam feminam nihil prohibet a duobus amari, et a duabus mulieribus unum.
249«Utrum inter conjugatos amor possit habere locum? «Dicimus enim et stabilito tenore firmamus amorem non posse inter duos jugales suas extendere vires, nam amantes sibi invicem gratis omnia largiuntur, nullius necessitatis ratione cogente; jugales vero mutuis tementur ex debito voluntatibus obedire et in nullo seipsos sibi ad invicem denegare… «Hoc igitur nostrum judicium, cum nimia moderatione prolatum et aliarum quamplurium dominarum consilio roboratum, pro indubitabili vobis sit ac veritate constanti. «Ab anno M. C. LXXIV, tertio calend. maii, indictione VII.»
250Ce qu'est l'amour et d'où il prend nom. Quel est l'effet d'amour. Entre quelles personnes peut exister amour. De quelle façon l'amour s'acquiert, se conserve, augmente, diminue, finit. A quels signes connaît-on d'être aimé, et ce que doit faire l'un des amants quand l'autre manque à sa foi.
251Mais si par hasard l'obscurité de ce discours vous embarrasse, je vais vous en donner le sommaire. De toute antiquité il y a en amour quatre degrés différents: Le premier consiste à donner des espérances, le second dans l'offre du baiser. Le troisième dans la jouissance des embrassements les plus intimes. Le quatrième dans l'octroi de toute la personne.
252Ce fragment, trouvé dans les papiers de M. Beyle, est publié aujourd'hui pour la première fois. Il explique le phénomène de la *cristallisation* et fait connaître l'origine de ce mot.
253L'air grande dame.
254Tout est opposé entre la France et l'Italie. Par exemple, les richesses, la haute naissance, l'éducation parfaite, disposent à l'amour au delà des Alpes, et en éloignent en France.
255Victor Jacquemont (ce jeune et spirituel écrivain, mort à Bombay le 7 décembre 1832) adressa à Beyle la lettre qu'on va lire; Beyle, après l'avoir fait mettre au net, envoya la copie à V. Jacquemont avec ce billet.