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Le Grand Meaulnes — en 20 minutes

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Roman de 1913 : à Sainte-Agathe, François Seurel, fils de l'instituteur, raconte comment son camarade Augustin Meaulnes, égaré un jour d'hiver, découvre un domaine mystérieux en pleine fête et y rencontre Yvonne de Galais, dont il cherche ensuite la trace.

Le Grand Meaulnes — en 20 minutes
1
Le seul roman d'Alain-Fournier est raconté par François Seurel, le fils de l'instituteur de Sainte-Agathe. Ce qui suit n'est pas un résumé : ce sont des extraits du texte même, pris dans l'ordre du livre, de l'arrivée de Meaulnes jusqu'à la dernière page, reliés par de courtes notes en italique.

Première partie
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Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189...
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Je continue à dire « chez nous », bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n’y reviendrons certainement jamais.
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Devenu adulte, le narrateur tente de retrouver le souvenir de son arrivée dans cette maison d'école.
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C’est ainsi, du moins, que j’imagine aujourd’hui notre arrivée. Car aussitôt que je veux retrouver le lointain souvenir de cette première soirée d’attente dans notre cour de Sainte-Agathe, déjà ce sont d’autres attentes que je me rappelle ; déjà, les deux mains appuyées aux barreaux du portail, je me vois épiant avec anxiété quelqu’un qui va descendre la grand-rue. Et si j’essaie d’imaginer la première nuit que je dus passer dans ma mansarde, au milieu des greniers du premier étage, déjà ce sont d’autres nuits que je me rappelle ; je ne suis plus seul dans cette chambre ; une grande ombre inquiète et amie passe le long des murs et se promène. Tout ce paysage paisible – l’école, le champ du père Martin, avec ses trois noyers, le jardin dès quatre heures envahi chaque jour par des femmes en visite – est à jamais, dans ma mémoire, agité, transformé par la présence de celui qui bouleversa toute notre adolescence et dont la fuite même ne nous a pas laissé de repos.
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Un dimanche de novembre, une veuve de La Ferté-d'Angillon vient mettre son fils en pension chez les Seurel. Pendant qu'elle parle, un pas inconnu résonne dans les greniers.
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– C’est toi, Augustin ? dit la dame.
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C’était un grand garçon de dix-sept ans environ. Je ne vis d’abord de lui, dans la nuit tombante, que son chapeau de feutre paysan coiffé en arrière et sa blouse noire sanglée d’une ceinture comme en portent les écoliers. Je pus distinguer aussi qu’il souriait...
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Il m’aperçut, et, avant que personne eût pu lui demander aucune explication :
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– Viens-tu dans la cour ? dit-il.
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Augustin Meaulnes devient vite le chef des grands élèves. Un soir d'avant Noël, à la forge du maréchal, il entend dire qu'avec la jument de Fromentin on irait chercher à la gare de Vierzon les grands-parents de François.
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Mais lorsque l’heure fut venue de partir et que je me levai pour faire signe au grand Meaulnes, il ne m’aperçut pas d’abord. Adossé à la porte et la tête penchée, il semblait profondément absorbé par ce qui venait d’être dit. En le voyant ainsi, perdu dans ses réflexions, regardant, comme à travers des lieues de brouillard, ces gens paisibles qui travaillaient, je pensai soudain à cette image de Robinson Crusoé, où l’on voit l’adolescent anglais, avant son grand départ, « fréquentant la boutique d’un vannier »...
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Et j’y ai souvent repensé depuis.
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Le lendemain, Meaulnes ne rentre pas en classe après midi. Par la fenêtre, François voit une voiture sortir de la ferme de La Belle-Étoile.
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Un instant encore tout disparaît derrière la haie. Deux hommes qui sont restés au portail de La Belle-Étoile, à regarder partir la voiture, se concertent maintenant avec une animation croissante. L’un d’eux se décide enfin à mettre sa main en porte-voix près de sa bouche et à appeler Meaulnes, puis à courir quelques pas, dans sa direction, sur le chemin... Mais alors, dans la voiture qui est lentement arrivée sur la route de La Gare et que du petit chemin on ne doit plus apercevoir, Meaulnes change soudain d’attitude. Un pied sur le devant, dressé comme un conducteur de char romain, secouant à deux mains les guides, il lance sa bête à fond de train et disparaît en un instant de l’autre côté de la montée. Sur le chemin, l’homme qui appelait s’est repris à courir ; l’autre s’est lancé au galop à travers champs et semble venir vers nous.
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Le soir même, un inconnu ramène la jument et la voiture, trouvées sans conducteur. Meaulnes ne reparaît que le quatrième jour, épuisé, sans rien expliquer. La nuit venue, dans leur mansarde, il se déshabille devant François.
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Tout au contraire de moi, il pliait et rangeait, d’un air distrait et amer, mais avec soin, ses habits d’écolier. Je le revois plaquant sur une chaise sa lourde ceinture ; pliant sur le dossier sa blouse noire extraordinairement fripée et salie ; retirant une espèce de paletot gros bleu qu’il avait sous sa blouse, et se penchant en me tournant le dos, pour l’étaler sur le pied de son lit... Mais lorsqu’il se redressa et se retourna vers moi, je vis qu’il portait, au lieu du petit gilet à boutons de cuivre, qui était d’uniforme sous le paletot, un étrange gilet de soie, très ouvert, que fermait dans le bas un rang serré de petits boutons de nacre.
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C’était un vêtement d’une fantaisie charmante, comme devaient en porter les jeunes gens qui dansaient avec nos grands-mères, dans les bals de mil huit cent trente.
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Pendant des semaines, Meaulnes cherche sur une carte le chemin de son aventure. Une nuit de février, il se décide enfin à la raconter.
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Mon compagnon ne me conta pas cette nuit-là tout ce qui lui était arrivé sur la route. Et même lorsqu’il se fut décidé à me tout confier, durant des jours de détresse dont je reparlerai, ce resta longtemps le grand secret de nos adolescences. Mais aujourd’hui que tout est fini, maintenant qu’il ne reste plus que poussière
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de tant de mal, de tant de bien,
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je puis raconter son étrange aventure.
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Parti pour Vierzon, Meaulnes s'est endormi dans la voiture et a pris une mauvaise route. À la nuit, il perd la jument près d'une ferme isolée et erre à travers champs.
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Ainsi peu à peu, s’embrouillait la piste du grand Meaulnes et se brisait le lien qui l’attachait à ceux qu’il avait quittés.
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Réfugié dans une bergerie abandonnée, il se rappelle, pour oublier le froid, un rêve de son enfance.
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Aussi s’efforça-t-il de penser à autre chose. Glacé jusqu’aux moelles, il se rappela un rêve – une vision plutôt, qu’il avait eue tout enfant, et dont il n’avait jamais parlé à personne : un matin, au lieu de s’éveiller dans sa chambre, où pendaient ses culottes et ses paletots, il s’était trouvé dans une longue pièce verte, aux tentures pareilles à des feuillages. En ce lieu coulait une lumière si douce qu’on eût cru pouvoir la goûter. Près de la première fenêtre, une jeune fille cousait, le dos tourné, semblant attendre son réveil... Il n’avait pas eu la force de se glisser hors de son lit pour marcher dans cette demeure enchantée. Il s’était rendormi... Mais la prochaine fois, il jurait bien de se lever. Demain matin, peut-être !...
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Le lendemain, après une longue marche dans la Sologne déserte, il aperçoit une tourelle grise au-dessus des sapins et s'engage dans une allée.
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Et, sans presser le pas, il continua son chemin. Au coin du bois débouchait, entre deux poteaux blancs, une allée où Meaulnes s’engagea. Il y fit quelques pas et s’arrêta, plein de surprise, troublé d’une émotion inexplicable. Il marchait pourtant du même pas fatigué, le vent glacé lui gerçait les lèvres, le suffoquait par instants ; et pourtant un contentement extraordinaire le soulevait, une tranquillité parfaite et presque enivrante, la certitude que son but était atteint et qu’il n’y avait plus maintenant que du bonheur à espérer. C’est ainsi que, jadis, la veille des grandes fêtes d’été, il se sentait défaillir, lorsque à la tombée de la nuit on plantait des sapins dans les rues du bourg et que la fenêtre de sa chambre était obstruée par les branches.
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Le domaine prépare une fête : on attend Frantz de Galais, le fils du château, qui doit ramener sa fiancée. Meaulnes, vêtu d'un costume d'autrefois trouvé dans sa chambre, se mêle aux invités. Le lendemain matin, près de l'étang, il croise une jeune fille blonde et monte dans le même bateau qu'elle.
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À terre, tout s’arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants couraient avec des cris de joie, que des groupes se formaient et s’éparpillaient à travers bois, Meaulnes s’avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d’elle sans avoir eu le temps de réfléchir :
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– Vous êtes belle, dit-il simplement.
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Mais elle hâta le pas et, sans répondre, prit une allée transversale. D’autres promeneurs couraient, jouaient à travers les avenues, chacun errant à sa guise, conduit seulement par sa libre fantaisie. Le jeune homme se reprocha vivement ce qu’il appelait sa balourdise, sa grossièreté, sa sottise. Il errait au hasard, persuadé qu’il ne reverrait plus cette gracieuse créature, lorsqu’il l’aperçut soudain venant à sa rencontre et forcée de passer près de lui dans l’étroit sentier. Elle écartait de ses deux mains nues les plis de son grand manteau. Elle avait des souliers noirs très découverts. Ses chevilles étaient si fines qu’elles pliaient par instants et qu’on craignait de les voir se briser.
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Cette fois, le jeune homme salua, en disant très bas :
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– Voulez-vous me pardonner ?
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– Je vous pardonne, dit-elle gravement. Mais il faut que je rejoigne les enfants, puisqu’ils sont les maîtres aujourd’hui. Adieu.
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Il la supplie de rester un instant ; ils marchent ensemble jusqu'à une maison isolée.
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– Voici la « maison de Frantz », dit la jeune fille ; il faut que je vous quitte...
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Elle hésita, le regarda un instant en souriant et dit :
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– Mon nom ?... Je suis Mademoiselle Yvonne de Galais...
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Et elle s’échappa.
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Au retour, Meaulnes lui dit son nom et lui demande la permission de revenir un jour.
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– Je vous attendrai, répondit-elle simplement.
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Ils arrivaient en vue de l’embarcadère. Elle s’arrêta soudain et dit pensivement :
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– Nous sommes deux enfants ; nous avons fait une folie. Il ne faut pas que nous montions cette fois dans le même bateau. Adieu, ne me suivez pas.
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Le soir, les fiancés ne sont toujours pas arrivés. Dans la chambre voisine de la sienne, Meaulnes surprend un très jeune homme bouleversé : c'est Frantz de Galais.
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– Eh bien ! voilà : c’est fini ; la fête est finie. Vous pouvez descendre le leur dire. Je suis rentré tout seul. Ma fiancée ne viendra pas. Par scrupule, par crainte, par manque de foi... d’ailleurs, monsieur, je vais vous expliquer...
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Les invités partent dans la nuit. Avant de s'en aller, Meaulnes trouve un billet laissé en évidence dans la chambre de Frantz.
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La bougie que Frantz avait laissée dans sa chambre brûlait encore. Rien n’avait été dérangé. Il y avait seulement, écrits sur une feuille de papier à lettres placée en évidence, ces mots :
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Ma fiancée a disparu, me faisant dire qu’elle ne pouvait pas être ma femme ; qu’elle était une couturière et non pas une princesse. Je ne sais que devenir. Je m’en vais. Je n’ai plus envie de vivre. Qu’Yvonne me pardonne si je ne lui dis pas adieu, mais elle ne pourrait rien pour moi...
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Dans la vieille berline qui le ramène vers Sainte-Agathe, un coup de feu éclate soudain dans le bois.
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Cet obstacle franchi, les chevaux repartis au trot, Meaulnes commençait à se fatiguer de regarder à la vitre, s’efforçant vainement de percer l’obscurité environnante, lorsque soudain, dans la profondeur du bois, il y eut un éclair, suivi d’une détonation. Les chevaux partirent au galop et Meaulnes ne sut pas d’abord si le cocher en blouse s’efforçait de les retenir ou, au contraire, les excitait à fuir. Il voulut ouvrir la portière. Comme la poignée se trouvait à l’extérieur, il essaya vainement de baisser la glace, la secoua... Les enfants, réveillés en peur, se serraient l’un contre l’autre, sans rien dire. Et tandis qu’il secouait la vitre, le visage collé au carreau, il aperçut, grâce à un coude du chemin, une forme blanche qui courait. C’était, hagard et affolé, le grand pierrot de la fête, le bohémien en tenue de mascarade, qui portait dans ses bras un corps humain serré contre sa poitrine. Puis tout disparut.
Deuxième partie
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Meaulnes a perdu le chemin du domaine. À la fin de l'hiver, des bohémiens s'installent sur la place ; un jeune comédien à la tête bandée vole d'abord le plan de Meaulnes, puis vient le lui rendre, complété. Il fait alors un aveu.
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– Meaulnes, il est temps que je vous le dise : moi aussi je suis allé là où vous avez été. J’assistais à cette fête extraordinaire. J’ai bien pensé, quand les garçons du Cours m’ont parlé de votre aventure mystérieuse, qu’il s’agissait du vieux domaine perdu. Pour m’en assurer je vous ai volé votre carte... Mais je suis comme vous : j’ignore le nom de ce château ; je ne saurais pas y retourner ; je ne connais pas en entier le chemin qui d’ici vous y conduirait.
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Il dit avoir voulu se tuer et ne plus vivre que pour l'amusement. Puis il demande à ses deux nouveaux amis une promesse.
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– Soyez mes amis pour le jour où je serais encore à deux doigts de l’enfer comme une fois déjà... Jurez-moi que vous répondrez quand je vous appellerai – quand je vous appellerai ainsi... (et il poussa une sorte de cri étrange : Hou-ou !...) Vous, Meaulnes, jurez d’abord !
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Et nous jurâmes, car, enfants que nous étions, tout ce qui était plus solennel et plus sérieux que nature nous séduisait.
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Il leur donne aussi l'adresse, à Paris, où la jeune fille du château passait les fêtes. Quelques jours plus tard, à la fin du spectacle donné par les bohémiens, Meaulnes comprend enfin qui il est.
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– Regarde le bohémien ! Regarde ! Je l’ai enfin reconnu.
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Avant même d’avoir regardé, comme si depuis longtemps, inconsciemment, cette pensée couvait en moi et n’attendait que l’instant d’éclore, j’avais deviné ! Debout auprès d’un quinquet, à l’entrée de la roulotte, le jeune personnage inconnu avait défait son bandeau et jeté sur ses épaules une pèlerine. On voyait, dans la lueur fumeuse, comme naguère, à la lumière de la bougie, dans la chambre du Domaine, un très fin, très aquilin visage sans moustache. Pâle, les lèvres entrouvertes, il feuilletait hâtivement une sorte de petit album rouge qui devait être un atlas de poche. Sauf une cicatrice qui lui barrait la tempe et disparaissait sous la masse des cheveux, c’était tel que me l’avait décrit minutieusement le grand Meaulnes, le fiancé du domaine inconnu.
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Le grand pierrot, Ganache, était celui qui avait emporté Frantz blessé dans le bois. Dès le lendemain, les bohémiens ont disparu. Meaulnes cherche en vain le chemin du domaine, puis écrit à sa mère.
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– Et maintenant, dit Meaulnes soudain, je vais préparer mon bagage. Apprends-le, Seurel : j’ai écrit à ma mère jeudi dernier pour lui demander de finir mes études à Paris. C’est aujourd’hui que je pars.
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De Paris, il n'écrira que trois lettres. Dans la deuxième, en juin, il rapporte ce que lui a dit une jeune femme qui attendait, comme lui, devant la maison fermée.
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» – Je sais, a-t-elle dit, qu’autrefois, dans cette maison, une jeune fille et son frère venaient passer les vacances. Mais j’ai appris que le frère avait fui le château de ses parents sans qu’on puisse jamais le retrouver, et la jeune fille s’est mariée. C’est ce qui vous explique que l’appartement soit fermé.
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» Je suis parti. Au bout de dix pas mes pieds butaient sur le trottoir et je manquais tomber. La nuit – c’était la nuit dernière – lorsque enfin les enfants et les femmes se sont tus, dans les cours, pour me laisser dormir, j’ai commencé d’entendre rouler les fiacres dans la rue. Ils ne passaient que de loin en loin. Mais quand l’un était passé, malgré moi, j’attendais l’autre : le grelot, les pas du cheval qui claquaient sur l’asphalte... Et cela répétait : c’est la ville déserte, ton amour perdu, la nuit interminable, l’été, la fièvre...
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» Seurel, mon ami, je suis dans une grande détresse.
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» AUGUSTIN »
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La dernière lettre, à la fin de novembre, s'achève ainsi.
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» Notre aventure est finie. L’hiver de cette année est mort comme la tombe. Peut-être quand nous mourrons, peut-être la mort seule nous donnera la clef et la suite et la fin de cette aventure manquée.
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» Seurel, je te demandais l’autre jour de penser à moi. Maintenant, au contraire, il vaut mieux m’oublier. Il vaudrait mieux tout oublier.
Troisième partie
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L'été suivant, au retour d'une baignade au Cher, Jasmin Delouche, l'ancien ennemi de Meaulnes, parle d'un domaine à demi abandonné près du Vieux-Nançay, les Sablonnières.
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– Tiens, mais, j’y pense, dit-il, c’est là que Meaulnes – tu sais, le grand Meaulnes ? – avait dû aller.
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» Mais oui, ajouta-t-il, car je ne répondais pas, et je me rappelle que le garde parlait du fils de la maison, un excentrique, qui avait des idées extraordinaires...
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Je ne l’écoutais plus, persuadé dès le début qu’il avait deviné juste et que devant moi, loin de Meaulnes, loin de tout espoir, venait de s’ouvrir, net et facile comme une route familière, le chemin du Domaine sans nom.
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François obtient d'aller chez son oncle Florentin, commerçant au Vieux-Nançay. Un soir, une vieille voiture s'arrête devant le magasin : c'est Mlle de Galais.
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Jamais je ne vis tant de grâce s’unir à tant de gravité. Son costume lui faisait la taille si mince qu’elle semblait fragile. Un grand manteau marron, qu’elle enleva en entrant, était jeté sur ses épaules. C’était la plus grave des jeunes filles, la plus frêle des femmes. Une lourde chevelure blonde pesait sur son front et sur son visage, délicatement dessiné, finement modelé. Sur son teint très pur, l’été avait posé deux taches de rousseur... Je ne remarquai qu’un défaut à tant de beauté : aux moments de tristesse, de découragement ou seulement de réflexion profonde, ce visage si pur se marbrait légèrement de rouge, comme il arrive chez certains malades gravement atteints sans qu’on le sache. Alors toute l’admiration de celui qui la regardait faisait place à une sorte de pitié d’autant plus déchirante qu’elle surprenait davantage.
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Elle parle avec François de son futur métier d'instituteur, puis, à demi souriante, d'elle-même.
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– Ainsi, dit-elle, il y a peut-être quelque grand jeune homme fou qui me cherche au bout du monde, pendant que je suis ici dans le magasin de Mme Florentin, sous cette lampe, et que mon vieux cheval m’attend à la porte. Si ce jeune homme me voyait, il ne voudrait pas y croire, sans doute ?...
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De la voir sourire, l’audace me prit et je sentis qu’il était temps de dire, en riant aussi :
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– Et peut-être que ce grand jeune homme fou, je le connais, moi ?
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Elle me regarda vivement.
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Florentin organise une partie de campagne au bord du Cher et invite, au passage, « monsieur Meaulnes ».
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Mlle de Galais s’était levée, soudain devenue très pâle. Et, à ce moment précis, je me rappelai que Meaulnes, autrefois, dans le domaine singulier, près de l’étang, lui avait dit son nom...
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Lorsqu’elle me tendit la main, pour partir, il y avait entre nous, plus clairement que si nous avions dit beaucoup de paroles, une entente secrète que la mort seule devait briser et une amitié plus pathétique qu’un grand amour.
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Arrivé à bicyclette à La Ferté-d'Angillon, François passe la nuit chez sa grand-tante Moinel, qui habite là : il apprend que la fiancée de Frantz, Valentine, s'était enfuie, persuadée que tant de bonheur était impossible ; il décide de n'en rien dire. Le lendemain matin, il trouve Meaulnes prêt à partir pour un long voyage.
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– Seurel ! dit-il, tu sais ce qu’était pour moi mon étrange aventure de Sainte-Agathe. C’était ma raison de vivre et d’avoir de l’espoir. Cet espoir-là perdu, que pouvais-je devenir ?... Comment vivre à la façon de tout le monde !
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» Eh bien j’ai essayé de vivre là-bas, à Paris, quand j’ai vu que tout était fini et qu’il ne valait plus même la peine de chercher le Domaine perdu... Mais un homme qui a fait une fois un bond dans le paradis, comment pourrait-il s’accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? Ce qui est le bonheur des autres m’a paru dérision. Et lorsque, sincèrement, délibérément, j’ai décidé un jour de faire comme les autres, ce jour-là j’ai amassé du remords pour longtemps... »
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François lui annonce la nouvelle. À la partie de campagne, Yvonne de Galais arrive sur son vieux cheval, Bélisaire, et va droit vers lui.
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Mais avant que j’eusse pu rien dire, la jeune fille s’avançait vers lui avec une décision et une gravité surprenantes :
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– Je reconnais Augustin Meaulnes, dit-elle.
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Et elle lui tendit la main.
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Mais Meaulnes ne parle que du domaine d'autrefois, abattu, vendu, dispersé. En fin de journée, Bélisaire, mal attaché, se blesse ; Meaulnes s'emporte, et la jeune fille repart en larmes.
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Mais alors mon compagnon – l’être que je sache au monde le plus incapable de pleurer, tourna soudain vers moi son visage bouleversé par une irrésistible montée de larmes.
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– Arrêtez, voulez-vous ? dit-il en mettant la main sur l’épaule de Florentin. Ne vous occupez pas de moi. Je reviendrai tout seul, à pied.
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Et d’un bond, la main au garde-boue de la voiture, il sauta à terre. À notre stupéfaction, rebroussant chemin, il se prit à courir, et courut jusqu’au petit chemin que nous venions de passer, le chemin des Sablonnières. Il dut arriver au Domaine par cette allée de sapins qu’il avait suivie jadis, où il avait entendu, vagabond caché dans les basses branches, la conversation mystérieuse des beaux enfants inconnus...
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Et c’est ce soir-là, avec des sanglots, qu’il demanda en mariage Mlle de Galais.
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Le mariage a lieu en février, dans la chapelle des Sablonnières. L'après-midi, les invités repartis, François et Jasmin rôdent autour de la maison quand retentit l'appel convenu : Frantz est revenu. François va à sa rencontre dans la sapinière.
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– Je suis malheureux, moi, je suis malheureux.
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Il réclame la promesse d'autrefois.
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– Mais lui seul peut me sauver, vous le savez bien. Lui seul est capable de retrouver la trace que je cherche. Voilà bientôt trois ans que Ganache et moi nous battons toute la France sans résultat. Je n’avais plus confiance qu’en votre ami. Et voici qu’il ne répond plus. Il a retrouvé son amour, lui. Pourquoi, maintenant, ne pense-t-il pas à moi ? Il faut qu’il se mette en route. Yvonne le laissera bien partir... Elle ne m’a jamais rien refusé.
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François promet que Meaulnes l'aidera. Mais dès le lendemain matin, Meaulnes est parti. Des mois plus tard, un soir de septembre, sous la pluie, Yvonne, qui attend un enfant, parle de lui à François pour la seule fois.
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– Ne parlez pas ainsi, dit-elle doucement, François Seurel, mon ami. Il n’y a que nous – il n’y a que moi de coupable. Songez à ce que nous avons fait...
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» Nous lui avons dit : voici le bonheur, voici ce que tu as cherché pendant toute ta jeunesse, voici la jeune fille qui était à la fin de tous tes rêves !
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» Comment celui que nous poussions ainsi par les épaules n’aurait-il pas été saisi d’hésitation, puis de crainte, puis d’épouvante, et n’aurait-il pas cédé à la tentation de s’enfuir !
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Elle met au monde une petite fille et meurt le lendemain soir. François l'apprend le matin de la rentrée des classes.
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Tout se mêle pour moi, tout se confond dans cette douleur. Il me semble maintenant que jamais plus je n’aurai le courage de recommencer la classe. Rien que traverser la cour aride de l’école c’est une fatigue qui va me briser les genoux. Tout est pénible, tout est amer puisqu’elle est morte. Le monde est vide, les vacances sont finies. Finies, les longues courses perdues en voiture ; finie, la fête mystérieuse... Tout redevient la peine que c’était.
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Pour qu'on ne hisse pas le cercueil par la fenêtre, François descend lui-même la morte dans ses bras.
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Mais alors je m’avance, je prends le seul parti possible : avec l’aide du médecin et d’une femme, passant un bras sous le dos de la morte étendue, l’autre sous ses jambes, je la charge contre ma poitrine. Assise sur mon bras gauche, les épaules appuyées contre mon bras droit, sa tête retombante retournée sous mon menton, elle pèse terriblement sur mon cœur. Je descends lentement, marche par marche, le long escalier raide, tandis qu’en bas on apprête tout.
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J’ai bientôt les deux bras cassés par la fatigue. À chaque marche avec ce poids sur la poitrine, je suis un peu plus essoufflé. Agrippé au corps inerte et pesant, je baisse la tête sur la tête de celle que j’emporte, je respire fortement et ses cheveux blonds aspirés m’entrent dans la bouche – des cheveux morts qui ont un goût de terre. Ce goût de terre et de mort, ce poids sur le cœur, c’est tout ce qui reste pour moi de la grande aventure, et de vous, Yvonne de Galais, jeune femme tant cherchée – tant aimée...
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M. de Galais meurt à son tour en faisant de François son légataire jusqu'au retour de Meaulnes. Dans la vieille malle d'écolier de celui-ci, François trouve un cahier où Meaulnes avait noté son secret : à Paris, il avait aimé Valentine, sans savoir qu'elle était la fiancée de Frantz. Un jour, elle lui montre les lettres de son ancien fiancé.
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Ah ! tout de suite, il reconnut la fine écriture. Comment n’y avait-il jamais pensé plus tôt ! C’était l’écriture de Frantz le bohémien, qu’il avait vue jadis sur le billet désespéré laissé dans la chambre du Domaine...
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Valentine parle des « idées folles » de ce garçon qu'elle n'a pas épousé.
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– Folles ! dit-il en mettant les lettres dans sa poche. Pourquoi répéter ce mot ? Pourquoi n’avoir jamais voulu croire en lui ? Je l’ai connu, c’était le garçon le plus merveilleux du monde !
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– Vous l’avez connu, dit-elle au comble de l’émoi, vous avez connu Frantz de Galais ?
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– C’était mon ami le meilleur, c’était mon frère d’aventures, et voilà que je lui ai pris sa fiancée !
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Il la chasse, puis la cherche en vain à Bourges. À l'aube qui suit ses noces, il écrit dans le cahier ces derniers mots.
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« Je pars. Il faudra bien que je retrouve la piste des deux bohémiens qui sont venus hier dans la sapinière et qui sont partis vers l’Est à bicyclette. Je ne reviendrai près d’Yvonne que si je puis ramener avec moi et installer dans la « maison de Frantz » Frantz et Valentine mariés.
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» Ce manuscrit, que j’avais commencé comme un journal secret et qui est devenu ma confession, sera, si je ne reviens pas, la propriété de mon ami François Seurel. »
Épilogue
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Frantz ne vient pas au rendez-vous. Un an après la naissance de la petite fille, un matin de la fin de septembre, un homme barbu entre dans la cour des Sablonnières : François reconnaît le grand Meaulnes.
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Alors je m’avançai vers lui et, sans rien dire, je l’embrassai en sanglotant. Tout de suite, il comprit.
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– Ah ! dit-il d’une voix brève, elle est morte, n’est-ce pas ?
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Et il resta là, debout, sourd, immobile et terrible. Je le pris par le bras et doucement je l’entraînai vers la maison. Il faisait jour maintenant. Tout de suite, pour que le plus dur fût accompli, je lui fis monter l’escalier qui menait vers la chambre de la morte. Sitôt entré, il tomba à deux genoux devant le lit et, longtemps, resta la tête enfouie dans ses deux bras.
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Il se releva enfin, les yeux égarés, titubant, ne sachant où il était. Et, toujours le guidant par le bras, j’ouvris la porte qui faisait communiquer cette chambre avec celle de la petite fille. Elle s’était éveillée toute seule – pendant que sa nourrice était en bas – et, délibérément, s’était assise dans son berceau. On voyait tout juste sa tête étonnée, tournée vers nous.
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– Voici ta fille, dis-je.
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Il eut un sursaut et me regarda.
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Puis il la saisit et l’enleva dans ses bras. Il ne put pas bien la voir d’abord, parce qu’il pleurait. Alors, pour détourner un peu ce grand attendrissement et ce flot de larmes, tout en la tenant très serrée contre lui, assise sur son bras droit, il tourna vers moi sa tête baissée et me dit :
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– Je les ai ramenés, les deux autres... Tu iras les voir dans leur maison.
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À la maison de Frantz, une jeune ménagère en collerette balaie déjà le pas de sa porte. Et la petite fille, elle, a trouvé son compagnon.
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Je m’étais légèrement reculé pour mieux les voir. Un peu déçu et pourtant émerveillé, je comprenais que la petite fille avait enfin trouvé là le compagnon qu’elle attendait obscurément... La seule joie que m’eût laissée le grand Meaulnes, je sentais bien qu’il était revenu pour me la prendre. Et déjà je l’imaginais, la nuit, enveloppant sa fille dans un manteau, et partant avec elle pour de nouvelles aventures.