Classiques.app

Fleurs du Mal

CXIII. – La fontaine de sang

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire (1857)·Texte intégral, poème 114 sur 193·Livre complet →

Il me semble parfois que mon sang coule à flots,

Ainsi qu’une fontaine aux rythmiques sanglots.

Je l’entends bien qui coule avec un long murmure,

Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos,

Il s’en va, transformant les pavés en îlots,

Désaltérant la soif de chaque créature,

Et partout colorant en rouge la nature.

J’ai demandé souvent à des vins captieux

D’endormir pour un jour la terreur qui me mine ;

Le vin rend l’œil plus clair et l’oreille plus fine !

J’ai cherché dans l’amour un sommeil oublieux ;

Mais l’amour n’est pour moi qu’un matelas d’aiguilles

Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !