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Les Épaves

I. – Le coucher du soleil romantique

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire (1857)·Texte intégral, poème 150 sur 193·Livre complet →

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

Comme une explosion nous lançant son bonjour !

– Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

Je me souviens ! J’ai vu tout, fleur, source, sillon,

Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite…

– Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,

Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;

L’irrésistible Nuit établit son empire,

Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,

Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,

Des crapauds imprévus et de froids limaçons.