Livre trente-quatrième
Chapitre 10
Mémoires d'outre-tombe, François-René de Chateaubriand (1849)·Texte intégral, chapitre 409 sur 560·Livre complet →
Suite du journal.
Chanson de Béranger : ma réponse. - Retour à Paris pour la proposition de Briqueville.
Dans ce dîner au Café de Paris dont je vous viens de parler, M. de Béranger me chanta l’admirable chanson imprimée :
Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie,
Fuir son amour, notre encens et nos soins ?
On y remarquait cette strophe sur les Bourbons :
Et tu voudrais t’attacher à leur chute !
Connais donc mieux leur folle vanité :
Au rang des maux qu’au ciel même elle impute,
Leur cœur ingrat met ta fidélité.
A cette chanson, qui est de l’histoire du temps, je répondis de la Suisse par une lettre qu’on voit imprimée en tête de ma brochure sur la proposition Briqueville. Je disais au chansonnier : " Du lieu où je vous écris monsieur, j’aperçois la maison de campagne qu’habita lord Byron et les toits du château de madame de Staël. Où est le barde de Childe-Harold ? où est l’auteur de Corinne ? Ma trop longue vie ressemble à ces voies romaines bordées de monuments funèbres. "
Je retournai à Genève ; je ramenai ensuite madame de Chateaubriand à Paris, et rapportai le manuscrit contre la proposition Briqueville sur le bannissement des Bourbons, proposition prise en considération dans la séance des députés du 17 septembre de cette année 1831 : les uns attachent leur vie au succès, les autres au malheur.