Livre trente-troisième
Chapitre 6
Mémoires d'outre-tombe, François-René de Chateaubriand (1849)·Texte intégral, chapitre 395 sur 560·Livre complet →
Dernier soupir du parti républicain.
Le parti républicain se débattait encore sous les pieds des amis qui l’avaient trahi. Le 6 août, une députation de vingt membres désignés par le comité central des douze arrondissements de Paris se présenta à la Chambre des députés pour lui remettre une adresse que le général Thiard et M. Duris-Dufresne escamotèrent à la bénévole députation. Il était dit dans cette adresse : " que la nation ne pouvait reconnaître comme pouvoir constitutionnel, ni une Chambre élective nommée durant l’existence et sous l’influence de la royauté qu’elle a renversée, ni une Chambre aristocratique, dont l’institution est en opposition directe avec les principes qui ont mis (à elle, la nation) les armes à la main ; que le comité central des douze arrondissements n’accordant, comme nécessité révolutionnaire, qu’un pouvoir de fait et très provisoire à la Chambre des députés actuels pour aviser à toute mesure d’urgence, appelle de tous ses vœux l’élection libre et populaire de mandataires qui représentent réellement les besoins du peuple ; que les assemblées primaires seules peuvent amener ce résultat. S’il en était autrement, la nation frapperait de nullité tout ce qui tendrait à la gêner dans l’exercice de ses droits. "
Tout cela était la pure raison, mais le lieutenant général du royaume aspirait à la couronne, et les peurs et les ambitions avaient hâte de la lui donner. Les plébéiens d’aujourd’hui voulaient une révolution et ne savaient pas la faire ; les Jacobins, qu’ils ont pris pour modèles, auraient jeté à l’eau les hommes du Palais-Royal et les bavards des deux Chambres. M. de La Fayette était réduit à des désirs impuissants : heureux d’avoir fait revivre la garde nationale, il se laissa jouer comme un vieux maillot par Philippe, dont il croyait être la nourrice ; il s’engourdit dans cette félicité. Le vieux général n’était plus que la liberté endormie, comme la République de 1793 n’était plus qu’une tête de mort.
Le vrai est qu’une Chambre sans mandat et tronquée n’avait aucun droit de disposer de la couronne : ce fut une Convention exprès réunie, formée de la Chambre des lords et d’une Chambre des communes nouvellement élue, qui disposa du trône de Jacques second. Il est encore certain que ce croupion de la Chambre des députés, que ces 221, imbus sous Charles X des traditions de la monarchie héréditaire, n’apportaient aucune disposition propre à la monarchie élective ; ils l’arrêtent dès son début, et la forcent de rétrograder vers des principes de quasi-légitimité. Ceux qui ont forgé l’épée de la nouvelle royauté ont introduit dans sa lame une paille qui tôt ou tard la fera éclater.