Acte II
Scène première
Le Menteur, Pierre Corneille (1644)·Texte intégral, scène 7 sur 36·Livre complet →
Géronte, Clarice, Isabelle.
Clarice
Je sais qu’il vaut beaucoup étant sorti de vous ;
Mais, Monsieur, sans le voir accepter un époux,
Par quelque haut récit qu’on en soit conviée,
C’est grande avidité de se voir mariée.
D’ailleurs, en recevoir visite et compliment,
Et lui permettre accès en qualité d’amant,
À moins qu’à vos projets un plein effet réponde,
Ce seroit trop donner à discourir au monde.
Trouvez donc un moyen de me le faire voir,
Sans m’exposer au blâme et manquer au devoir.
Géronte
Oui, vous avez raison, belle et sage Clarice :
Ce que vous m’ordonnez est la même justice ;
Et comme c’est à nous à subir votre loi,
Je reviens tout à l’heure, et Dorante avec moi.
Je le tiendrai longtemps dessous votre fenêtre,
Afin qu’avec loisir vous puissiez le connoître,
Examiner sa taille, et sa mine, et son air,
Et voir quel est l’époux que je vous veux donner.
Il vint hier de Poitiers, mais il sent peu l’école ;
Et si l’on pouvoit croire un père à sa parole,
Quelque écolier qu’il soit, je dirois qu’aujourd’hui
Peu de nos gens de cour sont mieux taillés que lui.
Mais vous en jugerez après la voix publique.
Je cherche à l’arrêter, parce qu’il m’est unique,
Et je brûle surtout de le voir sous vos lois.
Clarice
Vous m’honorez beaucoup d’un si glorieux choix :
Je l’attendrai, Monsieur, avec impatience,
Et je l’aime déjà sur cette confiance.