Acte II
Scène VI
Le Menteur, Pierre Corneille (1644)·Texte intégral, scène 12 sur 36·Livre complet →
Dorante, Cliton.
Dorante
Que dis-tu de l’histoire, et de mon artifice ?
Le bonhomme en tient-il ? m’en suis-je bien tiré ?
Quelque sot en ma place y seroit demeuré ;
Il eût perdu le temps à gémir et se plaindre,
Et malgré son amour, se fût laissé contraindre.
Oh ! l’utile secret que mentir à propos !
Cliton
Quoi ? ce que vous disiez n’est pas vrai ?
Dorante
Pas deux mots ;
Et tu ne viens d’ouïr qu’un trait de gentillesse
Pour conserver mon âme et mon cœur à Lucrèce.
Cliton
Quoi ? la montre, l’épée, avec le pistolet…
Dorante
Industrie.
Cliton
Obligez, Monsieur, votre valet :
Quand vous voudrez jouer de ces grands coups de maître,
Donnez-lui quelque signe à les pouvoir connoître ;
Quoique bien averti, j’étois dans le panneau.
Dorante
Va, n’appréhende pas d’y tomber de nouveau :
Tu seras de mon cœur l’unique secrétaire,
Et de tous mes secrets le grand dépositaire.
Cliton
Avec ces qualités j’ose bien espérer
Qu’assez malaisément je pourrai m’en parer.
Mais parlons de vos feux. Certes cette maîtresse…