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LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CLIV

Si tu m’en crois, Baïf, tu changeras Parnasse

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 154 sur 193·Livre complet →

Si tu m’en crois, Baïf, tu changeras Parnasse

Au palais de Paris, Helicon au parquet,

Ton laurier en un sac, et ta lyre au caquet,

De ceux qui pour serrer, la main n’ont jamais lasse.

C’est à ce mestier là, que les biens on amasse,

Non à celuy des vers : où moins y a d’acquet,

Qu’au mestier d’un boufon, ou celuy d’un naquet.

Fy du plaisir, Baïf, qui sans profit se passe.

Laissons donq, je te pry, ces babillardes Sœurs,

Ce causeur Apollon, et ces vaines douceurs,

Qui pour tout leur tresor n’ont que des lauriers verds :

Aux choses de profit, ou celles qui font rire,

Les grands ont aujourd’huy les oreilles de cire,

Mais ils les ont de fer, pour escouter les vers.