LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXLV
Tu t’abuses, Belleau, si pour estre sçavant
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 145 sur 193·Livre complet →
Tu t’abuses, Belleau, si pour estre sçavant,
Sçavant et vertueux, tu penses qu’on te prise :
Il fault, comme lon dit, estre homme d’entreprise,
Si tu veux qu’à la Court on te pousse en avant.
Ces beaux noms de vertu, ce n’est rien que du vent :
Donques, si tu es sage, embrasse la feintise,
L’ignorance, l’envie, avec la convoitise :
Par ces arts jusqu’au ciel on monte bien souvent.
La science à la table est des seigneurs prisée,
Mais en chambre, Belleau, elle sert de risée :
Garde, si tu m’en crois, d’en acquerir le bruit.
L’homme trop vertueux desplait au populaire :
Et n’est-il pas bien fol qui s’efforçant de plaire,
Se mesle d’un mestier que tout le monde fuit ?