LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXLVII
Ne te fasche, Ronsard, si tu vois par la France
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 147 sur 193·Livre complet →
Ne te fasche, Ronsard, si tu vois par la France
Fourmiller tant d’escrits : ceux qui ont merité
D’estre advouez pour bons de la posterité,
Portent leur sauf-conduit, et lettre d’asseurance.
Tout œuvre qui doit vivre il a dès sa naissance
Un Demon qui le guide à l’immortalité :
Mais qui n’a rencontré telle nativité,
Comme fruict abortif, n’a jamais accroissance.
Virgile eut ce Demon, et l’eut Horace encor’,
Et tous ceux qui du temps de ce bon siècle d’or
Estoient tenuz pour bons : les autres n’ont plus vie.
Qu’eussions-nous leurs escrits, pour voir de nostre temps
Ce qui aux anciens servoit de passetemps,
Et quels estoient les vers d’un indocte Mevie.