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LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXXIII

Nous ne sommes faschez que la trefve se face

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 123 sur 193·Livre complet →

Nous ne sommes faschez que la trefve se face :

Car bien que nous soyons de la France bien loin,

Si est chascun de nous à soy-mesme tesmoin,

Combien la France doit de la guerre estre lasse.

Mais nous sommes faschez que l’Espagnole audace,

Qui plus que le François de repos a besoin,

Se vante avoir la guerre et la paix en son poing,

Et que de respirer nous luy donnons espace.

Il nous fasche d’ouïr noz pauvres alliez

Se plaindre à tous propos qu’on les ait oubliez,

Et qu’on donne au privé l’utilité commune.

Mais ce qui plus nous fasche, est que les estrangers

Disent plus que jamais, que nous sommes legers,

Et que nous ne sçavons cognoistre la Fortune.