LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · LXXXIII
Ne pense, Robertet, que ceste Rome ci
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 83 sur 193·Livre complet →
Ne pense, Robertet, que ceste Rome ci
Soit ceste Rome là, qui te souloit tant plaire,
On n’y fait plus credit, comme l’on souloit faire,
On n’y fait plus l’amour, comme on souloit aussi.
La paix, et le bon temps ne regnent plus ici,
La musique, et le bal sont contraints de s’y taire :
L’air y est corrompu, Mars y est ordinaire,
Ordinaire la faim, la peine, et le souci.
L’artisan desbauché y ferme sa boutique,
L’ocieux advocat y laisse sa pratique,
Et le pauvre marchand y porte le bissac :
On ne voit que soldats, et morrions en teste,
On n’oit que tabourins, et semblable tempeste,
Et Rome tous les jours n’attend qu’un autre sac.