LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · LXXXVII
D’où vient cela, Mauny, que tant plus on s’efforce
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 87 sur 193·Livre complet →
D’où vient cela, Mauny, que tant plus on s’efforce
D’eschapper hors d’ici, plus le Dœmon du lieu
(Et que seroit-ce donc si ce n’est quelque Dieu ?)
Nous y tient attachez par une douce force ?
Seroit-ce point d’amour ceste allechante amorce,
Ou quelque autre venim, dont après avoir beu
Nous sentons nos esprits nous laisser peu à peu,
Comme un corps qui se perd sous une neuve escorce !
J’ai voulu mille fois de ce lieu m’estranger,
Mais je sens mes cheveux en feuilles se changer,
Mes bras en longs rameaux, et mes pieds en racine.
Bref, je ne suis plus rien qu’un vieil tronc animé,
Qui se plaint de se voir à ce bord transformé,
Comme le myrte Anglois au rivage d’Alcine.