LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · VIII
Ne t’esbahis, Ronsard, la moitié de mon ame
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 8 sur 193·Livre complet →
Ne t’esbahis, Ronsard, la moitié de mon ame,
Si de ton Dubellay France ne lit plus rien,
Et si avecques l’air du ciel Italien
Il n’a humé l’ardeur que l’Italie enflamme.
Le sainct rayon qui part des beaux yeux de ta dame,
Et la saincte faveur de ton Prince et du mien,
Cela (Ronsard), cela, cela merite bien
De t’eschauffer le cœur d’une si vive flamme.
Mais moy, qui suis absent des rayz de mon Soleil,
Comment puis-je sentir eschauffement pareil
A celuy qui est près de sa flamme divine ?
Les costaux soleillez de pampre sont couvers
Mais des Hyperborez les eternels hyvers
Ne portent que le froid, la neige, et la bruine.