LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXIV
Qu’heureux tu es (Baïf), heureux et plus qu’heureux
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 24 sur 193·Livre complet →
Qu’heureux tu es (Baïf), heureux et plus qu’heureux,
De ne suyvre abusé ceste aveugle Deesse,
Qui d’un tour inconstant et nous hausse et nous baisse,
Mais cest aveugle enfant qui nous fait amoureux !
Tu n’esprouves (Baïf) d’un maistre rigoureux
Le severe sourci : mais la douce rudesse
D’une belle, courtoise, et gentile maistresse,
Qui fait languir ton cœur doucement langoureux.
Moy chetif ce pendant loin des yeux de mon Prince,
Je vieillis malheureux en estrange province,
Fuyant la pauvreté : mais las, ne fuyant pas
Les regrets, les ennuis, le travail et la peine,
Le tardif repentir d’une esperance vaine,
Et l’importun souci qui me suit pas à pas.