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BRETAGNE.

VI

Par les champs et par les grèves, Gustave Flaubert (1886)·Texte intégral, partie 6 sur 17·Livre complet →

De Plouharnel à Auray, campagne déserte ; on rencontre peu de maisons, mais de beaux aspects de paysages comme ajoncs et arbres.

Auray, a un bon chic de bonne petite vieille ville avec ses toits et ses maisons ; les femmes plus jolies qu’aux alentours. — Belle vue du haut d’un belvédère de pierre d’Auray, à droite et dedans la terre. — Quelques barques à sec sur la rive à cause de la marée basse ; vieux pont à piles triangulaires avec des avancées dans les piles.

La Chartreuse. — Gallia marens posuit, mausolée, vilain monument dans le goût de la Restauration ; au fond deux bas-reliefs : l’un Mademoiselle d’Angoul posant la première pierre ; pose du préfet qui lui présente la truelle sur un coussin ; l’autre M. d’Angoul priant ; son manteau ; quel galbe de bottes ! Et le Monsieur par derrière retenant un gant sur sa poitrine. — On a descendu avec chandelle par un trou et nous avons vu les ossements. — Cloître vitré, fermé, garni de copies de saint Bruno de Lesueur. — Les sœurs grises. — L’abbé se promenant. — Champ des martyrs : une espèce de chapelle totalement insignifiante ; d’un côté un petit bois, une allée d’arbres verts, une longue lande que la mer inonde à chaque marée ; l’endroit était bien choisi.

Pour aller à Sainte-Anne, la route monte. — Lieux charmants avec de l’eau (c’est l’Auray qui coule), des roches, des nénufars sur l’eau, des ajoncs. — Le petit chien qui courait et se baignait partout. — Les haies sont effrayantes tant elles sont multipliées quand on pense à leur usage. — Sous un arbre une vieille femme pâle, agenouillée, priait au coin d’un chemin creux ; c’était l’heure des vêpres. Nous en avons rencontré deux autres qui marchaient tout en priant, sans doute, car l’une a fait le signe de la croix.

Sainte-Anne. — Église ornée de tableaux, ex-voto le moulin et les enfants. — Coup de hache. — Boutiques d’objets de piété. — Notre conducteur carliste et dévôt, gros bonhomme lourd et nul.

Vannes. — Messieurs et dames endimanchés. — Les jeunes troupiers en bourgeois, moustaches, pantalons tirés ; un pantalon et une paire de bottines ! — M. Descormiers de Montmorency écarté de tout le monde quoique au milieu. — L’officier, chapeau en osier noir, redingote de velours noir, cravate blanche, bouche et nez de Marat. On aurait dû le nommer gardien de la promenade avec un logement dans l’hôpital quoiqu’il n’ait pas besoin de ça. — Vannes et sa femme. — La tour du connétable, occupée par un menuisier et des Kiques effroyables. — Églises sans noms. — Coin oriental en descendant de l’hôtel vers une petite promenade au bord de l’eau menant à un champ entouré régulièrement de chênes sous lesquels j’écris. — À l’hôtel, dans une pièce qui semble être le salon, deux gravures : le retour et le départ du roi en 1817. Mgr d’Angoulême en Espagne, grand costume, bottes à l’écuyère ; son épée s’appuie sur un monstre enchaîné qui doit être l’hydre de l’anarchie ; il se tient debout à côté du tronc. Au fond, sur un bouclier pendu à la muraille, il y a écrit : veni, vidi, vici.

De Vannes à Hennebont la route nous semble jolie ; vent frais sur l’impériale. — Bois que la route traverse.

Lorient. — Nullité complète ; rues basses et alignées. — Hôtel de France, gargote, serre dans le jardin. — Musique le soir sous les arbres devant le théâtre. — La calomnie de M. Scribe (M. de Sauvray Raymond), j’en sors malade. — Le port impossible à voir. — Promenade le soir. — Rien dedans. — Hennebont sur le penchant d’un coteau.

De Lorient à Hennebont à pied. — Florentin chantant une chanson génoise et vendant des plâtres. — Plantes violettes dans les ruines ; deux tours conservées avec des toits en ardoise. — En arrivant de Lorient : pan de mur à mâchicoulis garni de terre. — Sur le haut de la ville, promenade, vue sur la rivière ; en face l’Hôtel du Commerce ; grande allée d’ormeaux. — En relayant, idiot farouche, regard dur, grande redingote verte, pantalon de toile trop court, sabots, nu-pieds, chapeau de paille ; femme couverte ...

D’Hennebont à Ploërmel, sous la bâche. — Le conducteur est une espèce de marin. — Mélancolie en regardant la grande route. — À Vannes le démocrate classique, désirant notre intimité. — Procession, soldats, jeunes garçons vêtus de blanc couronnés de roses à Hennebont.

Ploërmel. — Église gothique du bon temps avec de jolis vitraux ; portail du commencement du xive siècle ; la truie à gauche sur un contrefort, près du portail latéral. — Dans un long vallon plat la campagne est foncée en couleur et bleue à l’horizon. — Idiot. — Père de 26 enfants nous récite des vers sur l’empereur.

Josselin, vu de l’angle du pont. — Trois tours, fenêtres carrées (du commencement du xve siècle). — Bâti sur roc, sur la rivière, rangée de mâchicoulis ; de face dix fenêtres dans le style de la reine Anne à Blois, mais d’un goût plus raide. — Aucune pareille ; l’entrecroisement des galeries également différent. — Énormes gargouilles : éléphants sans cornes, chien marin, dragon ; de dessous leur ventre part une gouttière en pierre menant jusqu’en bas, à 3 pieds du sol ; et terminée par une autre tête de gargouille de même caractère. L’une, vers le milieu, la deuxième en partant de l’angle droit, figurent la tête d’un crocodile dont le corps est la gouttière ; le corps est couvert de bosses et, sur les côtés des nageoires, un peu plus haut, la queue réparait autour de la colonne.

Église de Josselin. — Notre-Dame du Roncier ; robe rouge étalée en éventail renversé.

Ce sommaire a été développé par Maxime Du Camp.