Acte III
Scène V
Le Bourgeois gentilhomme, Molière (1670)·Texte intégral, scène 12 sur 38·Livre complet →
DORANTE, Madame JOURDAIN, NICOLE
DORANTE
Vous me semblez toute mélancolique : qu’avez‐vous, Madame Jourdain ?
Madame JOURDAIN
J’ai la tête plus grosse que le poing, et si elle n’est pas enflée.
DORANTE
Mademoiselle votre Fille, où est‐elle, que je ne la vois point ?
Madame JOURDAIN
Mademoiselle ma Fille est bien où elle est.
DORANTE
Comment se porte‐t‐elle ?
Madame JOURDAIN
Elle se porte sur ses deux jambes.
DORANTE
Ne voulez‐vous point un de ces jours venir voir avec elle, le Ballet et la Comédie que l’on fait chez le Roi ?
Madame JOURDAIN
Oui vraiment, nous avons fort envie de rire, fort envie de rire nous avons.
DORANTE
Je pense, Madame Jourdain, que vous avez eu bien des Amants dans votre jeune âge, belle et d’agréable humeur comme vous étiez.
Madame JOURDAIN
Trédame, Monsieur, est‐ce que Madame Jourdain est décrépite, et la tête lui grouille‐t‐elle déjà ?
DORANTE
Ah, ma foi, Madame Jourdain, je vous demande pardon. Je ne songeais pas que vous êtes jeune, et je rêve le plus souvent. Je vous prie d’excuser mon impertinence.