Classiques.app

Acte III

Scène XIII

Le Bourgeois gentilhomme, Molière (1670)·Texte intégral, scène 20 sur 38·Livre complet →

CLÉONTE, COVIELLE

COVIELLE

Vous avez fait de belles affaires, avec vos beaux sentiments.

CLÉONTE

Que veux‐tu ? J’ai un scrupule là‐dessus, que l’exemple ne saurait vaincre.

COVIELLE

Vous moquez‐vous, de le prendre sérieusement avec un Homme comme cela ? Ne voyez‐vous pas qu’il est fou ? et vous coûtait‐il quelque chose de vous accommoder à ses chimères ?

CLÉONTE

Tu as raison ; mais je ne croyais pas qu’il fallût faire ses preuves de Noblesse, pour être Gendre de Monsieur Jourdain.

COVIELLE

Ah, ah, ah.

CLÉONTE

De quoi ris‐tu ?

COVIELLE

D’une pensée qui me vient pour jouer notre Homme, et vous faire obtenir ce que vous souhaitez.

CLÉONTE

Comment ?

COVIELLE

L’idée est tout à fait plaisante.

CLÉONTE

Quoi donc ?

COVIELLE

Il s’est fait depuis peu une certaine Mascarade qui vient le mieux du monde ici, et que je prétends faire entrer dans une bourle que je veux faire à notre Ridicule. Tout cela sent un peu sa Comédie ; mais avec lui on peut hasarder toute chose, il n’y faut point chercher tant de façons, et il est Homme à y jouer son rôle à merveille ; à donner aisément dans toutes les fariboles qu’on s’avisera de lui dire. J’ai les Acteurs, j’ai les Habits tout prêts, laissez‐moi faire seulement.

CLÉONTE

Mais apprends‐moi…

COVIELLE

Je vais vous instruire de tout ; retirons‐nous, le voilà qui revient.