Acte I
Scène VIII
Le Malade imaginaire, Molière (1673)·Texte intégral, scène 7 sur 30·Livre complet →
Angélique, Toinette
Toinette
Les voilà avec un notaire, et j’ai ouï parler de testament. Votre belle-mère ne s’endort point, et c’est sans doute quelque conspiration contre vos intérêts où elle pousse votre père.
Angélique
Qu’il dispose de son bien à sa fantaisie, pourvu qu’il ne dispose point de mon cœur. Tu vois, Toinette, les desseins violents que l’on fait sur lui. Ne m’abandonne point, je te prie, dans l’extrémité où je suis.
Toinette
Moi, vous abandonner ? j’aimerois mieux mourir. Votre belle-mère a beau me faire sa confidente, et me vouloir jeter dans ses intérêts, je n’ai jamais pu avoir d’inclination pour elle, et j’ai toujours été de votre parti. Laissez-moi faire : j’emploierai toute chose pour vous servir ; mais pour vous servir avec plus d’effet, je veux changer de batterie, couvrir le zèle que j’ai pour vous, et feindre d’entrer dans les sentiments de votre père et de votre belle-mère.
Angélique
Tâche, je t’en conjure, de faire donner avis à Cléante du mariage qu’on a conclu.
Toinette
Je n’ai personne à employer à cet office, que le vieux usurier Polichinelle, mon amant, et il m’en coûtera pour cela quelques paroles de douceur, que je veux bien dépenser pour vous. Pour aujourd’hui il est trop tard ; mais demain, du grand matin, je l’envoierai querir, et il sera ravi de...
Béline
Toinette.
Toinette
Voilà qu’on m’appelle. Bonsoir. Reposez-vous sur moi.