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Acte III

Scène 4

Le Tartuffe, Molière (1664)·Texte intégral, scène 14 sur 33·Livre complet →

Elmire, Damis, Tartuffe.

Damis, sortant du cabinet où il s’était retiré.

Non, Madame, non ; ceci doit se répandre.

J’étais en cet endroit, d’où j’ai pu tout entendre ;

Et la bonté du ciel m’y semble avoir conduit

Pour confondre l’orgueil d’un traître qui me nuit,

Pour m’ouvrir une voie à prendre la vengeance

De son hypocrisie et de son insolence,

À détromper mon père, et lui mettre en plein jour

L’âme d’un scélérat qui vous parle d’amour.

Elmire

Non, Damis, il suffit qu’il se rende plus sage,

Et tâche à mériter la grâce où je m’engage.

Puisque je l’ai promis, ne m’en dédites pas.

Ce n’est point mon humeur de faire des éclats ;

Une femme se rit de sottises pareilles,

Et jamais d’un mari n’en trouble les oreilles.

Damis

Vous avez vos raisons pour en user ainsi ;

Et pour faire autrement, j’ai les miennes aussi.

Le vouloir épargner est une raillerie ;

Et l’insolent orgueil de sa cagoterie

N’a triomphé que trop de mon juste courroux,

Et que trop excité de désordre chez nous.

Le fourbe, trop longtemps, a gouverné mon père,

Et desservi mes feux avec ceux de Valère.

Il faut que du perfide il soit désabusé ;

Et le ciel, pour cela, m’offre un moyen aisé.

De cette occasion je lui suis redevable,

Et, pour la négliger, elle est trop favorable :

Ce serait mériter qu’il me la vînt ravir,

Que de l’avoir en main et ne m’en pas servir.

Elmire

Damis…

Damis

Non, s’il vous plaît, il faut que je me croie.

Mon âme est maintenant au comble de sa joie ;

Et vos discours en vain prétendent m’obliger

À quitter le plaisir de me pouvoir venger.

Sans aller plus avant, je vais vider d’affaire ;

Et voici justement de quoi me satisfaire.