Gérard de Nerval · 1854
1Cette édition de 1854 contient en outre une pièce intitulée Angélique, qu'à l'exemple de M. de Spoelberch de Lovenjoul, nous n'avons pas comprise dans les Filles du feu, parce qu'elle avait paru primitivement dans le National en 1850 sous le titre de les Faux-Saulniers, ne formant qu'un seul ouvrage avec l'Histoire de l'abbé de Bucquoy, que Gérard de Nerval mit, en 1852, dans les Illuminés. Angélique n'est, d'ailleurs, qu'un récit humoristique, écrit à la façon de Sterne, et qui n'a aucune affinité avec les nouvelles que nous publions ici.
1La Notice de Gautier a paru en tête de la traduction de Faust, dans l'édition posthume des Œuvres complètes. — Gérard de Nerval prosateur et poète, par M. Maurice Tourneux, fait partie d'une publication intitulée : L'Âge du romantisme (1887).
1Pour la partie intime de ce travail, je suis surtout redevable à l'extrême obligeance de M. Camille Rogier. L'éminent artiste est certainement l'homme qui a le mieux compris Gérard et qui en conserve le plus fidèle souvenir.
1Le nom de Labrunie lui parut manquer de relief, quand il commença de frayer avec les romantiques. Il hésita entre Gérard et Nerval. On ne sait pourquoi ce dernier pseudonyme l'emporta.
1Sauf à son départ de Constantinople. Il voulait se faire suivre d'une véritable cargaison. Camille Rogier dut employer la ruse pour l'en empêcher.
1Mot allemand composé, qui veut dire habitants des bords des forêts. Elle double le pas; la voilà sur les premiers coteaux. Pour la première fois, son cœur battit plus fort; un instant arrêtée au souvenir du grand cheval, elle reprit sa course et s'élança dans les sinuosités boisées du coteau. Voilà bien devant elle le magnifique Ohio, poursuivant son cours en deux larges bras; puis les eaux de l'Alleghany, limpides comme la source qui jaillit d'un roc; puis enfin, tout à côté, celles du Monogehala, troubles et bourbeuses, et offrant assez bien l'image d'un mari grognon auquel est enchaînée une vive et douce compagne. La voilà arrivée à la dernière éminence, d'où l'on peut contempler toutes ses possessions : voici le magnifique vallon, le plus fertile des bottoms, enclavé parmi les promontoires de montagnes; voilà la grange bâtie en pierre, le toit et les persiennes reluisant de l'éclat d'une fraîche peinture. Là, à main gauche, le vieux verger; puis, à droite, le nouveau, à la plantation duquel elle avait aidé, et dont les arbres pliaient déjà sous le poids des fruits. Elle regardait, elle n'osait s'en fier à ses yeux, et elle voyait plus encore... Non, ce n'était pas une illusion, c'était son cher Toffel qui sortait justement de la maison, et, derrière lui, un petit bambin aux cheveux blonds, qui le tenait ferme aux basques de son habit. Oui, c'était bien Toffel dans sa culotte de peau, avec ses bas bleus à coins rouges et ses souliers ornés de boucles énormes. Elle n'y tint pas plus longtemps, descendit d'un pas ferme du coteau, et, ayant traversé rapidement le potager, elle se trouva tout à coup devant
1Montagne du sabbat.
1Exclamation irlandaise.