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Acte Quatrième

Scène IV

Phèdre, Jean Racine (1677)·Texte intégral, scène 20 sur 28·Livre complet →

Thésée, Phèdre.

Phèdre

Seigneur, je viens à vous, pleine d’un juste effroi ;

Votre voix redoutable a passé jusqu’à moi :

Je crains qu’un prompt effet n’ait suivi la menace.

S’il en est temps encore, épargnez votre race,

Respectez votre sang ; j’ose vous en prier :

Sauvez-moi de l’horreur de l’entendre crier ;

Ne me préparez point la douleur éternelle

De l’avoir fait répandre à la main paternelle.

Thésée

Non, madame, en mon sang ma main n’a point trempé ;

Mais l’ingrat toutefois ne m’est point échappé :

Une immortelle main de sa perte est chargée,

Neptune me la doit ; et vous serez vengée.

Phèdre

Neptune vous la doit ! Quoi ! vos vœux irrités…

Thésée

Quoi ! craignez-vous déjà qu’ils ne soient écoutés ?

Joignez-vous bien plutôt à mes vœux légitimes :

Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes,

Échauffez mes transports trop lents, trop retenus.

Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus :

Sa fureur contre vous se répand en injures ;

Votre bouche, dit-il, est pleine d’impostures ;

Il soutient qu’Aricie a son cœur, a sa foi,

Qu’il l’aime.

Phèdre

Quoi, seigneur !

Thésée

Il l’a dit devant moi :

Mais je sais rejeter un frivole artifice.

Espérons de Neptune une prompte justice :

Je vais moi-même encore au pied de ses autels

Le presser d’accomplir ses serments immortels.