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Les Reparties de Nina

Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud (1870)·Texte intégral, poème 1 sur 22·Livre complet →

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Lui. — Ta poitrine sur ma poitrine,

Hein ? nous irions,

Ayant de l’air plein la narine,

Aux frais rayons

Du bon matin bleu qui vous baigne

Du vin de jour ?...

Quand tout le bois frissonnant saigne

Muet d’amour

De chaque branche, gouttes vertes,

Des bourgeons clairs,

On sent dans les choses ouvertes

Frémir des chairs :

Tu plongerais dans la luzerne

Ton blanc peignoir,

Rosant à l’air ce bleu qui cerne

Ton grand œil noir,

Amoureuse de la campagne,

Semant partout,

Comme une mousse de champagne,

Ton rire fou :

Riant à moi, brutal d’ivresse,

Qui te prendrais

Comme cela, — la belle tresse,

Oh ! — qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,

O chair de fleur !

Riant au vent vif qui te baise

Comme un voleur ;

Au rose églantier qui s’embête

Aimablement :

Riant surtout, ô folle tête,

A ton amant !...

……………………

Ta poitrine sur ma poitrine

Mêlant nos voix,

Lents, nous gagnerions la ravine,

Puis les grands bois !...

Puis, comme une petite morte,

Le cœur pâmé,

Tu me dirais que je te porte,

L’œil mi fermé...

Je te porterais, palpitante,

Dans le sentier :

L’oiseau filerait son andante :

Au noisetier...

Je te parlerais dans ta bouche :

J’irais, pressant

Ton corps, comme une enfant qu’on couche,

Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche

Aux tons rosés :

Et te parlant la langue franche...

Tiens !... — que tu sais...

Nos grands bois sentiraient la sève

Et le soleil

Sablerait d’or fin leur grand rêve

Vert et vermeil

……………………

Le soir ?... Nous reprendrons la route

Blanche qui court

Flânant, comme un troupeau qui broute,

Tout à l’entour

Les bons vergers à l’herbe bleue

Aux pommiers tors !

Comme on les sent tout une lieue,

Leurs parfums forts !

Nous regagnerons le village

Au ciel mi-noir ;

Et ça sentira le laitage

Dans l’air du soir ;

Ça sentira l’étable, pleine

De fumiers chauds,

Pleine d’un lent rhythme d’haleine,

Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière ;

Et, tout là-bas,

Une vache fientera, fière,

A chaque pas...

— Les lunettes de la grand’mère

Et son nez long

Dans son missel : le pot de bière

Cerclé de plomb,

Moussant entre les larges pipes

Qui, crânement,

Fument : les effroyables lippes

Qui, tout fumant,

Happent le jambon aux fourchettes

Tant, tant et plus :

Le feu qui claire les couchettes

Et les bahuts :

Les fesses luisantes et grasses

D’un gros enfant

Qui fourre, à genoux, dans les tasses,

Son museau blanc

Frolé par un mufle qui gronde

D’un ton gentil,

Et pourlèche la face ronde

Du cher petit...

……………………

Que de choses verrons-nous, chère,

Dans ces taudis,

Quand la flamme illumine, claire,

Les carreaux gris !...

— Puis, petite et toute nichée

Dans les lilas

Noirs et frais : la vitre cachée,

Qui rit là-bas...

Tu viendras, tu viendras, je t’aime !

Ce sera beau.

Tu viendras, n’est-ce pas, et même...

Elle. — Et mon bureau ?