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FETES DE LA PATIENCE

Poésies, Arthur Rimbaud (1870)·Texte intégral, poème 49 sur 57·Livre complet →

1. BANNIERES DE MAI.

2. CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR.

3. L’ÉTERNITÉ.

4. AGE D’OR.

BANNIERES DE MAI

Aux branches claires des tilleuls

Meurt un maladif hallali.

Mais des chansons spirituelles

Voltigent parmi les groseilles.

Que notre sang rie en nos veines,

Voici s’enchevêtrer les vignes.

Le ciel est joli comme un ange.

L’azur et l’onde communient.

Je sors. Si un rayon me blesse

Je succomberai sur la mousse.

Qu’on patiente et qu’on s’ennuie

C’est trop simple. Fi de mes peines.

Je veux que l’été dramatique

Me lie à son char de fortune.

Que par toi beaucoup, ô Nature,

– Ah moins seul et moins nul ! – je meure.

Au lieu que les Bergers, c’est drôle,

Meurent à peu près par le monde.

Je veux bien que les saisons m’usent.

À toi, Nature, je me rends ;

Et ma faim et toute ma soif.

Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.

Rien de rien ne m’illusionne ;

C’est rire aux parents, qu’au soleil,

Mais moi, je ne veux rire à rien ;

Et libre soit cette infortune.

Mai 1872

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Oisive jeunesse

À tout asservie,

Par délicatesse

J’ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne

Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,

Et qu’on ne te voie :

Et sans la promesse

De plus hautes joies.

Que rien ne t’arrête

Auguste retraite.

J’ai tant fait patience

Qu’à jamais j’oublie ;

Craintes et souffrances

Aux cieux sont parties.

Et la soif malsaine

Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie

À l’oubli livrée,

Grandie, et fleurie

D’encens et d’ivraies

Au bourdon farouche

De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages

De la si pauvre âme

Qui n’a que l’image

De la Notre-Dame !

Est-ce que l’on prie

La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse

À tout asservie,

Par délicatesse

J’ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne

Où les cœurs s’éprennent !

Mai 1872

L’ETERNITE

Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’Éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil.

Ame sentinelle,

Murmurons l’aveu

De la nuit si nulle

Et du jour en feu.

Des humains suffrages,

Des communs élans

Là tu te dégages

Et voles selon.

Puisque de vous seules,

Braises de satin,

Le Devoir s’exhale

Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,

Nul orietur

Science avec patience,

Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’Éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil.

Mai 1872

AGE D’OR

Quelqu’une des voix

Toujours angélique

– Il s’agit de moi, -

Vertement s’explique :

Ces mille questions

Qui se ramifient

N’amènent, au fond,

Qu’ivresse et folie ;

Reconnais ce tour

Si gai, si facile :

Ce n’est qu’onde, flore,

Et c’est ta famille !

Puis elle chante. ô

Si gai, si facile,

Et visible à l’œil nu...

– Je chante avec elle, -

Reconnais ce tour

Si gai, si facile,

Ce n’est qu’onde, flore,

Et c’est ta famille ! ... etc...

Et puis une voix

– Est-elle angélique ! -

Il s’agit de moi,

Vertement s’explique ;

Et chante à l’instant

En sœur des haleines :

D’un ton Allemand,

Mais ardente et pleine :

Le monde est vicieux ;

Si cela t’étonne !

Vis et laisse au feu

L’obscure infortune.

ô ! joli château !

Que ta vie est claire !

De quel Age es-tu,

Nature princière

De notre grand frère ! etc...

Je chante aussi, moi :

Multiples sœurs ! voix

Pas du tout publiques !

Environnez-moi

De gloire pudique... etc...

Juin 1872