LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XXXV.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 129 sur 185·Livre complet →
Si tu me peux conter les fleurs
Du Printemps, et combien d’arene
La mer trouble de ses erreurs
Contre le bord d’Afrique amene :
Si tu me peux conter des cieux
Toutes les estoilles ardantes,
Et des vieux chesnes spacieux
Toutes les fueilles verdoyantes :
Si tu me peux conter l’ardeur
Des amans, et leur peine dure,
Je te feray le seul conteur,
Magny, des amours que j’endure.
Conte d’un rang premierement
Deux cens que je pris en Touraine,
De l’autre rang secondement
Quatre cens que je pris au Maine.
Conte, mais gette pres à pres,
Tous ceux d’Angers, et de la ville
D’Amboise, et de Vandôme apres,
Qui se montent plus de cent mille.
Conte apres six cens à la fois
Dont à Paris je me vy prendre,
Conte cent millions, qu’à Blois
Je pris dans les yeux de Cassandre.
Quoy ? tu fais les contes trop cours :
Il semble que portes envie
Au grand nombre de mes amours,
Conte les tous, je te supplie.
Mais non, il les vaut mieux oster :
Car tu ne trouverois en France
Assez de gettons, pour conter
D’amours une telle abondance.