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AVIS SUR LA TROISIÈME ÉDITION D’ATALA

Atala – René, François-René de Chateaubriand (1802)·Texte intégral, chapitre 2 sur 10·Livre complet →

J’ai profité de toutes les critiques pour rendre ce petit ouvrage plus digne des succès qu’il a obtenus. J’ai eu le bonheur de voir que la vraie philosophie et la vraie religion sont une même chose ; car des personnes fort distinguées, qui ne pensent pas comme moi sur le christianisme, ont été les premières à faire la fortune d’Atala. Ce seul fait répond à ceux qui voudraient faire croire que la vogue de cette anecdote indienne est une affaire de parti. Cependant j’ai été amèrement, pour ne pas dire grossièrement, censuré ; on a été jusqu’à tourner en ridicule cette apostrophe aux Indiens8 :

8.Décade philosophique, no 22, dans une note.

« Indiens infortunés, que j’ai vus errer dans les déserts du Nouveau-Monde avec les cendres de vos aïeux ; vous qui m’aviez donné l’hospitalité, malgré votre misère, je ne pourrais vous l’offrir aujourd’hui, car j’erre ainsi que vous à la merci des hommes ; et moins heureux dans mon exil, je n’ai point emporté les os de mes pères. »

Les cendres de ma famille confondues avec celles de M. de Malesherbes, six ans d’exil et d’infortunes, n’ont donc paru qu’un sujet de plaisanterie ! Puisse le critique n’avoir jamais à regretter les tombeaux de ses pères !

Au reste, il est facile de concilier les divers jugements qu’on a portés d’Atala : ceux qui m’ont blâmé n’ont songé qu’à mes talents ; ceux qui m’ont loué n’ont pensé qu’à mes malheurs.