LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CLXXXV
Quand ceste belle fleur premierement je vi
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 185 sur 193·Livre complet →
Quand ceste belle fleur premierement je vi,
Qui nostre âge de fer de ses vertus redore,
Bien que sa grand’valeur je ne cognoisse encore,
Si fus-je en la voyant de merveille ravi.
Depuis ayant le cours de fortune suivi
Où le Tybre tortu de jaune se colore
Et voyant ces grands dieux que l’ignorance adore,
Ignorans, vicieux, et meschans à l’envi :
Alors, Forget, alors ceste erreur ancienne,
Qui n’avoit bien cogneu ta Princesse et la mienne,
La venant à revoir, se dessilla les yeux :
Alors je m’apperceu qu’ignorant son merite
J’avois, sans la cognoistre, admiré Marguerite,
Comme, sans les cognoistre, on admire les cieux.