Classiques.app

LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXCI

Sire, celuy qui est, a formé toute essence

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 191 sur 193·Livre complet →

Sire, celuy qui est, a formé toute essence

De ce qui n’estoit rien. C’est l’œuvre du Seigneur :

Aussi tout honneur doit fleschir à son honneur,

Et tout autre pouvoir ceder à sa puissance.

On voit beaucoup de Rois, qui sont grands d’apparence :

Mais nul, tant il soit grand, n’aura jamais tant d’heur

De pouvoir à la vostre egaler sa grandeur :

Car rien n’est apres Dieu si grand qu’un Roy de France.

Puis donc que Dieu peut tout, et ne se trouve lieu

Lequel ne soit enclos sous le pouvoir de Dieu,

Vous, de qui la grandeur de Dieu seul est enclose,

Élargissez encor sur moy vostre pouvoir,

Sur moy, qui ne suis rien : à fin de faire voir

Que de rien un grand Roy peut faire quelque chose.