LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXIV
Ô trois et quatre fois malheureuse la terre
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 114 sur 193·Livre complet →
Ô trois et quatre fois malheureuse la terre,
Dont le Prince ne voit que par les yeux d’autruy,
N’entend que par ceux-là, qui respondent pour luy,
Aveugle, sourd, et muet, plus que n’est une pierre !
Tels sont ceux-là, Seigneur, qu’aujourd’huy l’on reserre
Oysifs dedans leur chambre, ainsi qu’en un estuy,
Pour durer plus long temps, et ne sentir l’ennuy
Que sent leur pauvre peuple accablé de la guerre.
Ils se paissent enfans, de trompes et canons,
De fifres, de tabours, d’enseignes, gomphanons,
Et de voir leur province aux ennemis en proye.
Tel estoit cestui-là, qui du haut d’une tour,
Regardant ondoyer la flamme tout autour,
Pour se donner plaisir chantoit le feu de Troye.