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LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXV

Ô que tu es heureux, si tu cognois ton heur

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 115 sur 193·Livre complet →

Ô que tu es heureux, si tu cognois ton heur,

D’estre eschappé des mains de ceste gent cruelle,

Qui sous un faux semblant d’amitié mutuelle

Nous desrobbe le bien, et la vie, et l’honneur !

Où tu es, mon Dagaut, la secrette rancueur,

Le soin qui comme un hidre en nous se renouvelle,

L’avarice, l’envie, et la haine immortelle

Du chetif courtisan n’empoisonnent le cœur.

La molle oisiveté n’y engendre le vice,

Le serviteur n’y perd son temps et son service,

Et n’y mesdit on point de cil qui est absent :

La justice y a lieu, la foy n’en est bannie,

Là ne sçait-on que c’est de prendre à compagnie,

À change, à cense, à stoc, et à trente pour cent.