LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXLI
Ami, je t’apprendray (encores que tu sois
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 141 sur 193·Livre complet →
Ami, je t’apprendray (encores que tu sois,
Pour te donner conseil, de toy mesme assez sage)
Comme jamais tes vers ne te feront outrage,
Et ce qu’en tes escrits plus eviter tu dois.
Si de Dieu, ou du Roy tu parles quelquefois,
Fay que tu sois prudent, et sobre en ton langage :
Le trop parler de Dieu porte souvent dommage,
Et longues sont les mains des Princes et des Rois.
Ne t’attache à qui peut, si sa fureur l’allume,
Venger d’un coup d’espee un petit traict de plume,
Mais presse, comme on dit, ta levre avec le doy.
Ceux que de tes bons mots tu vois pasmer de rire,
Si quelque outrageux fol t’en veut faire desdire,
Ce seront les premiers à se mocquer de toy.