LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXXVIII
Ce n’est pas de mon gré, Carle, que ma navire
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 128 sur 193·Livre complet →
Ce n’est pas de mon gré, Carle, que ma navire
Erre en la mer Tyrrhene : un vent impetueux
La chasse malgré moy par ces flots tortueux,
Ne voiant plus le pol, qui sa faveur t’inspire.
Je ne voy que rochers, et si rien se peut dire
Pire que des rochers le heurt audacieux :
Et le phare jadis favorable à mes yeux
De mon cours egaré sa lanterne retire.
Mais si je puis un jour me sauver des dangers
Que je fuy vagabond par ces flots estrangers,
Et voir de l’Ocean les campagnes humides
J’arresteray ma nef au rivage Gaulois,
Consacrant ma despouille au Neptune François,
À Glauque, à Melicerte, et aux sœurs Nereïdes.