LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXXIX
Je voy, Dilliers, je voy serener la tempeste
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 129 sur 193·Livre complet →
Je voy, Dilliers, je voy serener la tempeste,
Je voy le vieil Proté son troupeau renfermer,
Je voy le vert Triton s’esgayer sur la mer,
Et voy l’Astre jumeau flamboyer sur ma teste :
Jà le vent favorable à mon retour s’appreste,
Jà vers le front du port je commence à ramer,
Et voy jà tant d’amis, que ne puis les nommer,
Tendant les bras vers moy, sur le bord faire feste.
Je voy mon grand Ronsard, je le cognois d’ici,
Je voy mon cher Morel, et mon Dorat aussi,
Je voy mon Delahaye, et mon Paschal encore :
Et voy un peu plus loin (si je ne suis deçeu)
Mon divin Mauleon, duquel, sans l’avoir veu,
La grace, le sçavoir, et la vertu j’adore.