LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXXX
Et je pensois aussi ce que pensoit Ulysse
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 130 sur 193·Livre complet →
Et je pensois aussi ce que pensoit Ulysse,
Qu’il n’estoit rien plus doux que voir encor’ un jour
Fumer sa cheminee, et apres long sejour
Se retrouver au sein de sa terre nourrice.
Je me resjouyssois d’estre eschappé au vice,
Aux Circes d’Italie, aux Sirenes d’amour,
Et d’avoir rapporté en France à mon retour
L’honneur que l’on s’acquiert d’un fidele service.
Las, mais après l’ennuy de si longue saison,
Mille soucis mordans je trouve en ma maison,
Qui me rongent le cœur sans espoir d’allegeance.
Adieu donques, Dorat, je suis encor Romain,
Si l’arc que les neuf sœurs te mirent en la main
Tu ne me preste ici, pour faire ma vengeance.