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LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · LVI

Baïf, qui, comme moy, prouves l’adversité

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 56 sur 193·Livre complet →

Baïf, qui, comme moy, prouves l’adversité,

Il n’est pas toujours bon de combatre l’orage,

Il faut caler la voile, et de peur du naufrage,

Ceder à la fureur de Neptune irrité.

Mais il ne faut aussi par crainte et vilité

S’abandonner en proye : il faut prendre courage,

Il faut feindre souvent l’espoir par le visage,

Et faut faire vertu de la necessité.

Donques sans nous ronger le cœur d’un trop grand soin,

Mais de nostre vertu nous aidant au besoin,

Combatons le malheur. Quant à moy, je proteste

Que je veux desormais Fortune despiter,

Et que s’elle entreprend le me faire quitter,

Je le tiendray (Baïf) et fust-ce de ma teste.