LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · LXVII
Magny, je ne puis voir un prodigue d’honneur
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 67 sur 193·Livre complet →
Magny, je ne puis voir un prodigue d’honneur,
Qui trouve tout bien fait, qui de tout s’emerveille,
Qui mes fautes approuve, et me flatte l’oreille,
Comme si j’estois prince, ou quelque grand seigneur.
Mais je me fasche aussi d’un fascheux repreneur,
Qui du bon et mauvais fait censure pareille,
Qui se list volontiers, et semble qu’il sommeille
En lisant les chansons de quelque autre sonneur.
Cestui-là me deçoit d’une fausse loüange,
Et gardant qu’aux bons vers les mauvais je ne change,
Fait qu’en me plaisant trop à chacun je desplais :
Cestui-ci me desgouste, et ne pouvant rien faire
Qu’il luy plaise, il me fait egalement desplaire
Tout ce qu’il fait luy mesme, et tout ce que je fais.