LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · LXXXIX
Gordes, il m’est advis que je suis esveillé
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 89 sur 193·Livre complet →
Gordes, il m’est advis que je suis esveillé
Comme un qui tout esmeu d’un effroyable songe
Se resveille en sursaut, et par le lict s’allonge,
S’esmerveillant d’avoir si long temps sommeillé.
Roger devint aussi (ce croy-je) esmerveillé :
Et croy que tout ainsi la vergongne me ronge,
Comme luy, quand il eut descouvert le mensonge
Du fard magicien qui l’avoit aveuglé.
Et comme luy aussi je veulx changer de stile,
Pour vivre desormais au sein de Logistile,
Qui des cœurs langoureux est le commun support.
Sus donc, Gordes, sus donc, à la voile, à la rame,
Fuyons, gaignons le haut, je voy la belle Dame
Qui d’un heureux signal nous appelle à son port.