LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XI
Bien qu’aux arts d’Apollon le vulgaire n’aspire
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 11 sur 193·Livre complet →
Bien qu’aux arts d’Apollon le vulgaire n’aspire,
Bien que de tels tresors l’avarice n’ait soin,
Bien que de tels harnois le soldat n’ait besoin,
Bien que l’ambition tels honneurs ne desire :
Bien que ce soit aux grands un argument de rire,
Bien que les plus rusez s’en tiennent le plus loin,
Et bien que Dubellay soit suffisant tesmoin,
Combien est peu prisé le mestier de la lyre :
Bien qu’un art sans profit ne plaise au courtisan,
Bien qu’on ne paye en vers l’œuvre d’un artisan,
Bien que la Muse soit de pauvreté suyvie,
Si ne veux-je pourtant delaisser de chanter,
Puis que le seul chant peut mes ennuis enchanter,
Et qu’aux Muses je doy bien six ans de ma vie.