LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XIII
Maintenant je pardonne à la douce fureur
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 13 sur 193·Livre complet →
Maintenant je pardonne à la douce fureur,
Qui m’a fait consumer le meilleur de mon aage,
Sans tirer autre fruict de mon ingrat ouvrage,
Que le vain passe-temps d’une si longue erreur.
Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur,
Puisque seul il endort le souci qui m’outrage,
Et puis que seul il fait qu’au milieu de l’orage
Ainsi qu’auparavant je ne tremble de peur.
Si les vers ont esté l’abus de ma jeunesse,
Les vers seront aussi l’appuy de ma vieillesse,
S’ils furent ma folie, ils seront ma raison.
S’ils furent ma blessure, ils seront mon Achille,
S’ils furent mon venin, le scorpion utile,
Qui sera de mon mal la seule guarison.