LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XIV
Si l’importunité d’un crediteur me fasche
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 14 sur 193·Livre complet →
Si l’importunité d’un crediteur me fasche,
Les vers m’ostent l’ennuy du fascheux crediteur :
Et si je suis fasché d’un fascheux serviteur,
Dessus les vers (Boucher) soudain je me desfasche.
Si quelqu’un dessus moy sa cholere deslasche,
Sur les vers je vomis le venin de mon cœur :
Et si mon foible esprit est recreu du labeur,
Les vers font que plus frais je retourne à ma tasche.
Les vers chassent de moy la molle oisiveté,
Les vers me font aymer la douce liberté,
Les vers chantent pour moi ce que dire je n’ose.
Si donc j’en recueillis tant de profits divers,
Demandes-tu (Boucher) de quoy servent les vers,
Et quel bien je reçoy de ceux que je compose ?