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LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XLVII

Si onques de pitié ton ame fut atteinte

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 47 sur 193·Livre complet →

Si onques de pitié ton ame fut atteinte,

Voyant indignement ton ami tourmenté,

Et si onques tes yeux ont experimenté

Les poignans esguillons d’une douleur non feinte,

Voy la mienne en ces vers sans artifice peinte,

Comme sans artifice est ma simplicité :

Et si pour moy tu n’es à pleurer incité,

Ne te ry pour le moins des souspirs de ma plainte.

Ainsi (mon cher Vineux) jamais ne puisses-tu

Esprouver les regrets qu’esprouve une vertu,

Qui se voit defrauder du loyer de sa peine :

Ainsi l’œil de ton Roy favorable te soit,

Et ce qui des plus fins l’esperance deçoit,

N’abuse ta bonté d’une promesse vaine.