LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XLVIII
Ô combien est heureux, qui n’est contraint de feindre
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 48 sur 193·Livre complet →
Ô combien est heureux, qui n’est contraint de feindre
Ce que la verité le contraint de penser,
Et à qui le respect d’un qu’on n’ose offenser,
Ne peut la liberté de sa plume contraindre !
Las, pourquoy de ce nœu sens-je la mienne estraindre,
Quand mes justes regrets je cuide commencer ?
Et pourquoy ne se peut mon ame dispenser
De ne sentir son mal, ou de s’en pouvoir plaindre ?
On me donne la geine, et si n’ose crier,
On me void tourmenter, et si n’ose prier
Qu’on ait pitié de moy. Ô peine trop sujette !
Il n’est feu si ardent, qu’un feu qui est enclos,
Il n’est si fascheux mal, qu’un mal qui tient à l’os,
Et n’est si grand’douleur, qu’une douleur muette.